Le parti de Marine Le Pen change de nom, mais garde la flamme identitaire

Le Front national est devenu vendredi le Rassemblement national, un changement de nom censé marquer le point d'orgue de la refondation de cette formation politique fondée il y a un peu plus de 45 ans.

Le parti de Marine Le Pen change de nom, mais garde la flamme identitaire

Marine Le Pen au congrès du FN en mars 2018 à Lille © PHILIPPE HUGUEN [AFP/Archives]

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"Hommage au Front national, vive le Rassemblement national", a lancé la présidente du parti Marine Le Pen vendredi soir à Bron, près de Lyon (centre-est), en annonçant que 80,8% des militants du parti s'étaient prononcés en faveur de ce nouveau nom au cours d'un vote par courrier.

Ce changement de nom "ferme un chapitre de l'histoire de notre mouvement national ouvert il y a un peu plus de 45 ans, mais c'est pour mieux en ouvrir un autre qui, je le crois, ne sera pas moins glorieux", a-t-elle promis en saluant les "peuples européens qui se réveillent", allusion à l'accession au pouvoir de partis alliés d'extrême droite en Europe, notamment en Italie.

Le gouvernement populiste en Italie est "un clin d'oeil au destin" et "un motif d'espérance", a déclaré, sous les applaudissements, celle qui avait recueilli plus d'une voix sur cinq lors du premier tour de la présidentielle en 2017, avant d'être battue au second tour par Emmanuel Macron.

La nouvelle appellation est censée marquer le point d'orgue de la refondation d'un parti qui cherche à se débarrasser de son passé raciste et antisémite et souhaite trouver des alliés pour gagner. Mais les alliances tardent à voir le jour et la dédiabolisation n'est pas achevée.

"Trahison"

Rebaptiser le Front national est une "trahison", a réagi le cofondateur du parti Jean-Marie Le Pen, 89 ans, en rupture avec son ancienne formation mais qui y conserve des partisans. "Plus qu'une étiquette, c'est aussi une longue et courageuse histoire militante que l'on renie", s'est-t-il insurgé en condamnant "les inspirateurs comme les exécutants" de cette décision.

Pour sa fille, Marine Le Pen, la référence, c'est le groupe parlementaire frontiste entre 1986 et 1988 appelé "Front national-Rassemblement national", qui comptait plusieurs députés de la droite classique.

Le RN gardera l'emblème de la flamme, calque du logo du parti néofasciste italien Mouvement Social Italien (MSI), aujourd'hui disparu, dont s'est inspiré politiquement le FN à ses débuts et qui l'a aidé financièrement, rappelle l'historienne Valérie Igounet.

De quoi rallier les 48% de récalcitrants qui avaient exprimé, dans un questionnaire à l'automne, leur opposition à un changement de nom. Une très large majorité de militants s'étaient en revanche dits attachés à la flamme, "identification" au parti et symbole des "combats" menés.

"Ça a toujours été le dilemme du parti, essayer de s'ouvrir à la droite classique et, en même temps, garder le symbole d'un FN qui n'est pas encore éteint", explique Mme Igounet.

Liste commune

La flamme, symbole de continuité, incarne de ce fait les thèmes fédérateurs du parti comme la sécurité et l'immigration, que met en avant Marine Le Pen, soucieuse de rassurer des militants sonnés par son échec à la présidentielle de 2017.

"Le FN n'est pas en forme et se replie sur ses fondamentaux", résume Mme Igounet.

La première campagne électorale du FN avec cet emblème, en 1978, s'était d'ailleurs faite sous un slogan qui a fait date : "un million de chômeurs c'est un million d'immigrés en trop".

L'eurodéputé et économiste Bernard Monot, qui a quitté cette semaine le FN pour rallier le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan, reproche aujourd'hui à son ancien parti de "ne plus parler d'économie et de social" et seulement de "sécurité, lutte contre le terrorisme et l'immigration".

Ces dernières semaines, Marine Le Pen a également salué les actions contre les migrants du mouvement radical Génération Identitaire (GI) et les jeunes du FN se sont rebaptisés Génération nation.

L'accent mis sur l'identité et la nation devrait notamment séduire les partisans de l'ex-députée Marion Maréchal, qui a ravivé les conjectures sur son avenir politique en lançant une école de sciences politiques dans laquelle elle veut former des élites "enracinées", dans un "combat culturel nécessaire au combat électoral", au risque de faire de l'ombre à sa tante.

Malgré le nouveau nom, la ligne du RN restera orientée "à droite toute" sur la préférence nationale, rendant hypothétiques les rapprochements, selon le politologue Jean-Yves Camus. Le président du parti de droite Les Républicains Laurent Wauquiez y oppose une fin de non-recevoir et les personnalités approchées n'ont pas encore répondu.

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