Sur les terres du Labour, le Brexit dope les conservateurs

Sur les terres du Labour, le Brexit dope les conservateurs

Hartlepool, le 8 mars 2017 © OLI SCARFF [AFP]

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Dans la perspective d'une activation du Brexit, le Parti conservateur de Theresa May en engrange déjà les bénéfices dans des régions désindustrialisées comme Hartlepool (nord-est), jadis vouée à la construction navale et fief de l'opposition travailliste.

Les luttes intestines et l'impopularité de son leader Jeremy Corbyn ont contribué à éroder la confiance dans le Labour. "Je votais travailliste mais je ne crois plus en leur politique", dit à l'AFP Kevin Mason, 59 ans, avec un fort accent de cette région.

"Plein de gens sont comme moi ici, ils ont perdu leurs illusions", assure Kevin qui travaille sur la marina, où restaurants et pubs ont remplacé les lourdes machines et les terrains de stockage du bois des chantiers navals.

Les prises de position en faveur de l'immigration des travaillistes leur ont aliéné les électeurs, relève Stan, un retraité à la chevelure argentée. "Ils sont complètement à l'ouest, ils ne font rien de concret pour ramener des industries. Et l'immigration ? Je suis contre leur politique. Nous sommes une petite île, alors je suis contre !"

Comme 70% de la population de Hartlepool, les deux hommes ont voté pour le Brexit au référendum du 23 juin, alors que le Labour prêchait mollement le maintien dans l'Union européenne. Jadis prospère, cette cité de 116.000 habitants a connu un lent déclin accéléré par la fermeture d'une aciérie de British Steel en 1977. Le taux de chômage y est le double de la moyenne nationale.

Le centre-ville garde peu de traces de son glorieux passé industriel, le principal employeur est la centrale nucléaire dont les tours écrasent le paysage sur la plage sud.

L'effet Brexit

Si Theresa May mène à bien son projet de rupture nette avec l'UE permettant de reprendre le contrôle de l'immigration européenne, son parti pourrait bien gagner les suffrages des électeurs travaillistes déboussolés.

Les conservateurs ont ainsi récemment enlevé un bastion, depuis 1924, du Labour, Copeland, dans le nord-ouest.

"Theresa May a pris en main avec énergie cette histoire de Brexit et elle est certainement l'une des raisons du succès obtenu à Copeland", souligne Ray Martin-Wells, le chef des Tories (conservateurs) à Hartlepool.

Le Labour administre cette ville depuis le début des années 1960 et y a gagné jusqu'à 60% des voix, en 1997. L'actuel député Iain Wright a réussi à conserver le siège en 2015 avec... 35% des voix.

"Les conservateurs sont de plus en plus dangereux", souligne un responsable travailliste local, Christopher Akers-Belcher.

Pour Matthew Goodwin, professeur de sciences politiques à l'université de Kent, "à chaque élection partielle depuis que les gens ont voté pour le Brexit, le score du Labour baisse, montrant la déconnexion croissante entre le parti et le peuple".

"Si May et son parti ont conquis Copeland, ils pourront certainement décrocher aussi des sièges dans des endroits où le Labour a une faible majorité", écrivait-il récemment dans le quotidien The Sun.

- 'Je préfère encore Trump' -

Mais le Labour a encore des fidèles, d'autant que les conservateurs sont rendus responsables du dépérissement de l'industrie locale depuis les années 1980.

"Les conservateurs n'ont pas été tendres avec cette région et ça ne passe pas", dit Stan.

Arriver à gagner les électeurs déçus du Labour constituerait "un grand pas", reconnait Ray Martin-Wells.

La déception face aux partis établis a surtout profité au parti opposé aux élites, à l'immigration et à l'Europe Ukip, qui détient six sièges de conseillers municipaux sur 33 à Hartlepool et a devancé les Tories aux élections législatives de 2015.

"Franchement, je préfèrerais encore qu'on ait (le président américain Donald) Trump", dit Angela Lynch, dans le centre commercial, où les boutiques closes attestent des difficultés économiques locales. "Jamais je ne voterai pour les Tories. Pour Ukip peut-être, il fait plus attention aux travailleurs", dit-elle.

Mais ce parti a perdu de son attrait avec le départ de son chef charismatique Nigel Farage, et Martin-Wells se reprend à espérer: "Copeland prouve que tout est possible".

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