Dr Alain de Broca : "Comment penser l'Homme" ?

Dr Alain de Broca : "Comment penser l'Homme" ?

Dr Alain de Broca

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Le Docteur Alain de Broca exerce au Centre Hospitalier Universitaire d'Amiens, il place la relation humaine au cœur de la médecine. Il répond aux questions de Jean-Luc Lefrançois

Editions de l'Atelier

Pour le Dr Alain de Broca la philosophie est venue naturellement, comme le prolongement évident de cette quête de sens. « Quand j’ai dit que je voulais préparer un master, puis un doctorat de philo, mes proches n’y ont pas cru », se souvient-il en riant. Sa thèse, développée dans un livre :Comment penser l’homme -éditons de l’Atelier- est tout entière traversée par son expérience de médecin aux frontières de la vie, de la mort et du handicap. Pour lui, l’humanité ne découle pas seulement de la raison, mais bien du regard d’autrui.

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Son regard sur la médecine et la société n’est pas tendre.

« La technique commande, elle nous pousse à nous croire capables un jour de vaincre la mort. L’homme est devenu un corps machine à réparer, pièce après pièce, mais on oublie souvent de s’interroger sur le sens de ces interventions et sur notre condition humaine », décrit-il, convaincu qu’en matière de santé il est devenu urgent… de prendre le temps de réfléchir. Une fois par mois, le médecin organise au sein de l’Espace éthique de Picardie, dont il est le coordonnateur, une soirée autour d’une question très concrète : faut-il changer les piles d’un pace­maker chez une personne très âgée atteinte d’une maladie d’Alzheimer ?

Peut-on obliger un patient qui souffre d’un cancer d’origine héréditaire à prévenir sa famille ? Faut-il multiplier les interventions chez un enfant dont le cerveau est très abîmé ? « Aujourd’hui, on dispose de techniques opératoires qui permettent de gagner 15 ans de vie chez un patient en état végétatif. Mais de quelle vie parle-t-on ? », interroge Alain de Broca. Ne lui demandez pas la réponse, le médecin ne l’a pas. « La seule solution, c’est de se mettre autour d’une table et de discuter. La loi Leonetti sur la fin de vie (ndlr : votée en 2005) nous donne une clé de la réflexion : penser ensemble, de façon “collégiale”, ce qui semble le mieux pour le patient et son entourage. »

Ecouter et parler 

Discuter, cela veut dire remettre en cause des pratiques souvent ancrées dans les habitudes, bousculer des équipes déjà surchargées de travail. Pas toujours facile. « Le message passe mieux chez les infirmiers que chez les médecins », constate Frédérique Bajus, chargée de mission à l’Espace éthique. Quant aux étudiants de la faculté toute proche, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne se ruent pas sur les formations à l’éthique. Pas de quoi ébranler l’enthousiasme d’Alain de Broca, qui continue de creuser son sillon : « Développer les sciences humaines en médecine, c’est une chance pour la profession. »

La rencontre avec le Père Pedro

Son déclic à lui, il l’a eu en 1976, à Madagascar, chez le père Pedro, qui est resté un ami. « Son village n’était qu’un projet à l’époque, mais déjà il impressionnait par sa volonté d’y arriver. » Il y retourne quelques années plus tard, avec sa femme et ses deux premiers enfants, en tant que médecin, cette fois. « J’étais basé à l’hôpital militaire de la capitale, Tananarive. Nous étions deux pédiatres, il n’y avait rien et nous devions soigner avec les moyens du bord des enfants qui mouraient en nombre. » Décalage abyssal entre les gestes appris en France et les piètres moyens disponibles sur l’île. Le jeune interne ne peut plus se cacher derrière le paravent de la technique et des examens. « J’ai compris que mon rôle de soignant, c’était aussi d’accompagner les enfants jusqu’à la mort, ainsi que leur famille dans le deuil. » Aujourd’hui, il sait combien les heures qui entourent la mort d’un patient sont un temps précieux où peut se vivre l’essentiel, à condition d’être aidé et accompagné.

La pause nécessaire

Régulièrement, celui qui se définit comme un « catho humaniste » s’offre une pause de silence à Taizé, « un repère depuis 30 ans ». Avec sa femme, dentiste spécialisée dans les soins aux personnes handicapées et ancienne responsable d’aumônerie, il a assuré les premiers secours lors des grands rassemblements de jeunes organisés par la communauté œcuménique. L’an dernier, ils ont rejoint la Mission de France et son réseau santé, grâce à un ami prêtre-ouvrier. « J’aime cette Église qui ose aller vers le monde, vers ceux qui sont loin d’elle et se laisse interpeller par eux. L’éthique, cela ne peut pas être un message normatif qui s’assène de haut, sans parvenir d’ailleurs à se faire entendre. C’est d’abord un partage d’expériences, un dialogue au plus près des autres, au cœur de l’humain. Le plus humain des humains, c’est le Christ, non ? Pourquoi avoir peur de faire comme lui ? »

La quête de sens au coeur de la vie 

La philosophie est venue naturellement, comme le prolongement évident de cette quête de sens. « Quand j’ai dit que je voulais préparer un master, puis un doctorat de philo, mes proches n’y ont pas cru », se souvient-il en riant. Sa thèse, développée dans un livre paru l’hiver dernier (Comment penser l’homme, éditons de l’Atelier), est tout entière traversée par son expérience de médecin aux frontières de la vie, de la mort et du handicap. Pour lui, l’humanité ne découle pas de la raison, mais bien du regard d’autrui. « Quand une personne, qu’elle soit âgée ou handicapée, dit que sa vie n’a plus de sens, il y a plus à faire le procès de l’indifférence qui règne autour d’elle que celui de la nature », affirme celui qui fustige le libéralisme ambiant, « profondément utilitariste »... « Avec son culte de la performance et son rejet de l’autre quand il est différent, notre société a 18 mois d’âge mental, elle est au stade de la toute-puissance, de la mégalomanie infantile. » 

Au traditionnel “j’ai le droit, c’est mon choix”, ils opposaient des principes fondamentaux, comme la gratuité du corps humain ou le respect de l’enfant. » Alain de Broca en est persuadé : l’expérience de ces débats citoyens pourrait être généralisée à d’autres sujets. Comme la politique, par exemple. Un prochain sixième mi-temps peut-être ?

Une éthique de vie

1956 Naissance à Rabat (Maroc).
1973 Premier séjour à Taizé. 
1976 Premier voyage à Madagascar dans la mission du père Pedro.
1980 Découvre la neurologie pédiatrique avec le Pr Michel Arthuis.
1983-84 Pédiatre à l’hôpital d’Antananarivo (Madagascar) comme volontaire du service national. 
1987 Responsable du centre de prévention de la mort subite du nourrisson.
2003 Coordonnateur de l’Espace éthique de Picardie, où il organise une réflexion avec les professionnels de la santé.
2006 Entrée dans la communauté Mission de France.

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