Migrants: Orban chez Merkel avec un goût de victoire

Viktor Orban se rend jeudi à Berlin pour un visite au goût de victoire au moment où les partisans de la fermeté sur les migrants triomphent en Europe et que la chancelière allemande est contrainte de s'y rallier.

Migrants: Orban chez Merkel avec un goût de victoire

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban parle avec la chancelière allemande Angela Merkel au dernier jour du sommet européen à Bruxelles, le 29 juin 2018 © Ludovic MARIN [AFP]

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"Un événement incroyable se produit: Angela Merkel a demandé une entrevue à Viktor Orban et pas l'inverse", a récemment estimé le journal hongrois Magyar Idok, proche du pouvoir à Budapest.

"Le vent a changé de direction en Europe", ajoute-t-il, en parlant de "retraite" de la chancelière allemande.

Angela Merkel et le chef du gouvernement hongrois ont incarné des années durant des pôles opposés en matière de politique d'asile en Europe: volonté d'accueil généreux pour les demandeurs d'asile fuyant la guerre en Syrie en 2015 d'un côté et refus catégorique de l'immigration de l'autre au nom de la défense des valeurs chrétiennes de l'Europe.

Les voilà désormais contraints de collaborer. Les deux dirigeants s'exprimeront devant la presse vers 11H00 GMT pour leur première rencontre en presque trois ans.

'Impérialisme moral'

Les temps ont bien changé. Il y a peu encore Viktor Orban dénonçait "l'impérialisme moral" de la chancelière allemande, avant d'être l'un des artisans de la fermeture de la "route des Balkans", alors empruntée par la plupart des migrants pour gagner depuis la Grèce les pays d'Europe de l'ouest.

Viktor Orban est parvenu petit à petit à imposer son agenda au reste de l'Union européenne sur les questions migratoires, aidé par l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite dans plusieurs pays, comme en Autriche ou en Italie, et par ses percées dans d'autres comme l'Allemagne.

Le sommet européen consacré la semaine dernière aux migrations a constitué une forme de consécration pour Viktor Orban, qui a parlé d'"immense succès" pour ses thèses.

L'Europe a mis l'accent sur le renforcement des contrôles aux frontières et les outils pour conserver les migrants à distance tels que les plateformes de débarquement en Afrique du Nord.

Dans le même temps, Mme Merkel a dû définitivement enterrer son projet de quotas de répartition des demandeurs d'asile dans l'UE, face notamment à l'opposition des pays d'Europe centrale et de l'Est.

La position hongroise sur l'immigration est devenue depuis ce sommet "la position de l'UE", a clamé M. Orban cette semaine dans le quotidien allemand Bild.

Le chef du gouvernement hongrois arrive à Berlin alors qu'Angela Merkel a dû définitivement clore sa politique d'accueil généreuse initiée en 2015, sous la pression de l'aile droite de sa coalition gouvernementale.

'Pont levis'

La chancelière a accepté que les migrants déjà enregistrés dans d'autres pays de l'UE soient désormais placés dans des centres de transit à la frontière allemande puis expulsés vers l'Etat d'entrée dans l'UE. Elle a besoin pour cela de passer des accords bilatéraux avec les pays concernés, parmi lesquels la Hongrie.

Mme Merkel a dû se faisant céder à son ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, président du très conservateur parti bavarois CSU, qui menaçait à défaut de claquer la porte de la coalition gouvernementale allemande.

Le chef de file de cette rébellion, Horst Seehofer, cultive du reste depuis des années sa proximité avec Viktor Orban, avec lequel il s'est plusieurs fois affiché en Bavière. M. Orban qualifie en retour sa relation avec le parti du ministre de "fraternité d'armes extraordinaire".

Le quotidien Süddeutsche Zeitung s'interroge sur le changement de cap d'Angela Merkel, qui il y a près de trois ans acceptait de faire des selfies avec des réfugiés fuyant la guerre civile en Syrie et qui aujourd'hui s'est ralliée à la fermeté.

La "chancelière des réfugiés" est devenue celle "de la forteresse" Europe, estime le journal.

Angela Merkel, elle, se défend de toute volte-face: "il n'est pas vrai de dire que nous relevons le pont levis" face aux migrants, s'est-elle récriée dimanche, tout en estimant qu'il était important de mieux "contrôler" leurs arrivées.

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