Liège: des centaines de policiers rendent hommage à leurs collègues assassinées

La Belgique a rendu mardi un ultime hommage national aux deux policières assassinées il y a une semaine dans l'attaque jihadiste de Liège (est), revendiquée par l'organisation Etat islamique, qui a fait resurgir le spectre des attentats deux ans après ceux de Bruxelles.

Liège: des centaines de policiers rendent hommage à leurs collègues assassinées

Cérémonie funèbre pour rendre hommage aux policières tuées dans une attaque revendiquée par l'EI à Liège, en Belgique, le 5 juin 2018 © YORICK JANSENS [BELGA/AFP]

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Plusieurs centaines de policiers venus de tout le pays ont participé à cet hommage, sur le parcours des corbillards et dans ou devant le centre funéraire où étaient organisées les obsèques de Lucile Garcia, 54 ans, et Soraya Belkacemi, 44 ans, en présence du Premier ministre Charles Michel.

"Nous sommes un corps de police, chaque fois qu'on en perd un c'est comme si on perdait un petit peu un membre de la famille", a déclaré à l'AFP Jean-Claude Bertrand, policier à la retraite. "La seule chose qu'on puisse faire c'est d'être là pour se soutenir", a-t-il ajouté.

Au passage des corbillards couverts de fleurs, les policiers se sont mis au garde à vous, formant une haie d'honneur. Certains avaient recouvert leur brassard orange d'un bandeau noir en signe de deuil.

Aux côtés de Charles Michel, de nombreuses personnalités dont les ministres Jan Jambon (Intérieur), Koens Geens (Justice) et un représentant du roi Philippe, ont assisté à la cérémonie religieuse célébrée par Mgr Jean-Pierre Delville. Celle-ci était aussi suivie dans un silence lourd sur un écran géant dressé à l'extérieur.

Le 29 mai, vers 10H30 (08H30 GMT), sur une grande artère du centre de Liège, Benjamin Herman, délinquant radicalisé de 31 ans qui bénéficiait d'un congé pénitentiaire, a tué par balles deux policières et un étudiant en criant plusieurs fois "Allah Akbar" ("Dieu est grand"). Il a ensuite été abattu par les forces de l'ordre.

"Assassinats terroristes"

Les faits ont été qualifiés d'"assassinats terroristes" par la justice belge, et revendiqués le 30 mai par l'EI.

Selon les premiers éléments, l'assaillant voulait "clairement" s'en prendre à la police. Et son modus operandi --agresser d'abord au couteau les fonctionnaires pour dérober leurs armes-- rappelle celui que vante régulièrement l'EI dans sa propagande sur internet, a souligné le parquet fédéral.

Des violences de ce type ont déjà été perpétrées en France ou au Royaume-Uni ces dernières années.

En Belgique, le souvenir de l'attaque survenue le 6 août 2016 à Charleroi (sud) a immédiatement resurgi. Ce jour-là un Algérien s'en était pris avec une machette à deux policières devant le commissariat aux cris de "Allah Akbar". Elles avaient été blessées au visage et au cou, et l'assaillant abattu. L'EI avait revendiqué l'acte.

Deux mois plus tard, c'est à Bruxelles que deux policiers avaient été violemment agressés au couteau par un ancien militaire, condamné en appel en avril à 15 ans de prison pour tentative d'assassinats.

Même si l'intention "terroriste" a finalement été abandonnée au procès, l'attaque avait de nouveau suscité l'émotion six mois après les attentats revendiqués par l'EI dans la capitale belge (32 morts le 22 mars 2016).

"Des cibles potentielles"

"Horreur", "barbarie", "tragédie": les mêmes mots qu'il y a deux ans sont revenus la semaine dernière dans tous les commentaires, le profil de Lucile Garcia et Soraya Belkacemi, décrites comme "femmes, mères et policières merveilleuses", venant accentuer les sentiments de peine et d'injustice.

La première était mère d'un fils de 25 ans, et la seconde de deux jumelles adolescentes qui avaient déjà perdu leur père en 2005, selon les médias.

"En Belgique comme partout en Europe les représentants de l'Etat sont des cibles potentielles", contraints d'être "particulièrement vigilants", a dit à l'AFP Vincent Gilles, président du syndicat SLFP-Police. Depuis 2015, tous les policiers belges portent en permanence un gilet pare-balles.

Par ailleurs, selon l'agence de presse Belga, Benjamin Herman, qui s'était converti à l'islam en prison, devait être enterré mardi à Marche-en-Famenne (sud), après une cérémonie dans une paroisse catholique de la commune, conformément au souhait exprimé par sa famille.

"La famille n'a pas décelé de signe de radicalisation dans les contacts réguliers qu'elle entretenait avec Benjamin", a précisé l'abbé François Barbieux, qui devait célébrer la cérémonie, placée sous surveillance policière.

"Ils sont dans l'incompréhension la plus totale. C'est une famille éprouvée, qui souhaite vivre son deuil dans l'intimité", a-t-il expliqué.

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