Irak: la Française Mélina Boughedir condamnée à la perpétuité pour appartenance à l'EI

La Française Mélina Boughedir a été condamnée dimanche à la perpétuité pour avoir rejoint le groupe Etat islamique (EI), ses avocats accusant Paris de chercher à empêcher tout retour de ses ressortissants devenus jihadistes.

Irak: la Française Mélina Boughedir condamnée à la perpétuité pour appartenance à l'EI

Photo prise le 19 février 2018 dans un tribunal de Bagdad, montrant la Française Mélina Boughedir portant son fils dans les bras © STRINGER [AFP/Archives]

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Agée de 27 ans, elle avait été déclarée libérable à l'issue d'un premier procès en février sous l'accusation "d'entrée illégale" en Irak. Elle a finalement été reconnue coupable dimanche à l'issue d'un nouveau procès, au titre de la loi antiterroriste, qui prévoit une période de sûreté de 20 ans.

Selon cette législation, la jeune Française était passible de la peine capitale, une sentence prononcée il y a deux semaines à peine à l'encontre d'un Belge, Tarik Jadaoun, surnommé le "nouvel Abaaoud" --en référence à son compatriote Abdelhamid Abaaoud--, l'un des organisateurs présumés des attentats du 13 novembre 2015 en France (130 morts).

Mélina Boughedir est la deuxième Française condamnée à la prison à perpétuité en Irak, moins de deux mois après Djamila Boutoutaou, 29 ans. Toutes les deux ont plaidé avoir été dupées par leurs maris --aujourd'hui introuvables.

Mme Boughedir s'est présentée dimanche à l'audience en robe et voile noire, sa plus jeune fillette dans les bras --alors que ses trois aînés ont déjà été rapatriés en France.

"Je suis innocente", a-t-elle lancé au juge en français, tandis qu'un traducteur l'assistait. "Mon mari m'a dupée et, ensuite, il a menacé de partir avec les enfants", a-t-elle encore plaidé.

"Je suis contre les idées de l'Etat islamique", a-t-elle martelé, et "je condamne les actes de mon mari", lui aussi un ressortissant français.

Au sujet de celui qu'elle a dit avoir épousé il y a cinq ans, elle a assuré ne pas connaître son sort, affirmant ne pas avoir de nouvelles de lui depuis qu'il était parti un jour "chercher de l'eau".

La Française a été arrêtée durant l'été 2017 à Mossoul, "capitale" autoproclamée du "califat" en Irak durant trois ans, jusqu'à sa reprise en juillet dernier par les troupes irakiennes.

"Pressions", "ingérence"

Sa ligne de défense, ainsi que la présence de ses trois avocats français et de leur confrère irakien, n'ont pas convaincu. Lors du premier jugement, dont la clémence tranchait avec le sort habituellement réservé aux étrangers accusés d'avoir rejoint l'EI, la Cour de cassation de Bagdad avait estimé que Mme Boughedir avait suivi "en connaissance de cause" son mari.

Après avoir de nouveau interrogé Mme Boughedir sur la raison et les détails de son entrée en Syrie et en Irak, le président du tribunal a affirmé que "les preuves rassemblées sont suffisantes pour condamner la criminelle à la prison à perpétuité".

Samedi, l'un des avocats français de Mélina Boughedir, William Bourdon, avait affirmé à l'AFP qu'il existait de "lourdes interrogations sur les pressions qui auraient été exercées par la France pour provoquer un nouveau procès".

Jeudi dernier, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait décrit Mme Boughedir comme une "terroriste de Daech (acronyme arabe de l'EI) qui a combattu contre l'Irak". Il avait appelé ce pays à la juger, tout en réitérant son refus de la peine de mort.

La famille et la défense de Mme Boughedir plaident, eux, pour qu'elle rentre en France où "un juge d'instruction a signifié par un mandat d'arrêt qu'il souhaitait la voir dans son bureau", selon Me Bourdon.

En France, la jeune femme est visée par un mandat de recherche délivré dans le cadre d'une information judiciaire ouverte à Paris le 2 août 2016, pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle", selon une source judiciaire.

"Il y a un antagonisme inédit entre le pouvoir politique français et la justice", avait également accusé samedi Me Bourdon, qui a interpellé dans une lettre ouverte M. Le Drian avec ses confrères Martin Pradel et Vincent Brengarth.

Dans cette missive consultée par l'AFP, ils dénoncent une "volonté à tout prix, et au sacrifice des principes fondamentaux, que (leur) cliente ne revienne pas" et fustige une "ingérence inacceptable".

Quelques dizaines de Français soupçonnés d'avoir rejoint l'EI sont actuellement retenus en Irak et en Syrie avec plusieurs dizaines de mineurs, d'après une source proche du dossier.

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