Nicaragua: 98 morts depuis mi-avril, Ortega s'accroche au pouvoir

La violente vague de contestation au Nicaragua pour exiger le départ du président Daniel Ortega a fait 98 morts depuis mi-avril, selon un nouveau bilan dévoilé jeudi, alors que le chef de l'Etat s'accroche au pouvoir.

Nicaragua: 98 morts depuis mi-avril, Ortega s'accroche au pouvoir

Le président du Nicaragua Daniel Ortega avec son épouse, la vice -présidente Rosario Murillo, le 30 mai 2018 à Managua © INTI OCON [AFP]

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L'annonce en début de semaine d'une prochaine reprise du dialogue entre les deux camps n'a pas calmé la tension dans les rues et dès mercredi, les affrontements entre partisans et opposants de l'ex-guérillero de 72 ans ont repris.

Selon le nouveau bilan diffusé par le Centre nicaraguayen des droits de l'homme (Cenidh), ces derniers heurts ont fait mercredi au moins 11 morts par armes à feu ainsi que 79 blessés dans les villes de Managua (la capitale), Leon et Masaya.

"Les agresseurs ont été la police de répression et les forces anti-émeutes" du président Ortega et de sa femme et vice-présidente Rosario Murillo, affirme le Cenidh dans son bilan.

"Massacre! On tire des rafales contre des manifestants pacifiques", avait écrit mercredi soir sur les réseaux sociaux l'évêque auxiliaire de Managua, Silvio Baez.

Lors de ces incidents, les locaux de la radio pro-gouvernement Radio Ya ont été détruits, ainsi que ceux d'une coopérative de crédit rural et la façade du stade national de baseball.

La chaîne de télévision 100% Noticias, censurée pendant plusieurs jours à la mi-avril par les autorités en raison de sa couverture des manifestations, et les bâtiments de la radio Dario, à Leon, elle aussi opposée au gouvernement, ont également été ciblés par des attaques, ont dénoncé leurs propriétaires.

Héros de la révolution sandiniste qui avait renversé la dictature en 1979, Daniel Ortega voit le vent tourner contre lui depuis le 18 avril.

Il est confronté à une vague de contestation sans précédent, déclenchée par une réforme des retraites abandonnée depuis, mais qui a vite tourné à un mouvement général de rejet du chef de l'Etat, accusé de confisquer le pouvoir (il dirige le Nicaragua depuis 2007, après un premier passage de 1979 à 1990) et de brider les libertés dans le pays.

"Répression brutale"

A l'international, les critiques se multiplient: jeudi, le Parlement européen a dit "condamner la répression brutale et l'intimidation des manifestants qui s'opposent de manière pacifique à la réforme de la sécurité sociale au Nicaragua".

Les eurodéputés fustigent aussi "les disparitions et les arrestations arbitraires perpétrées par les autorités, forces armées et de police ou encore groupes violents qui soutiennent le gouvernement", comme l'avaient déjà fait auparavant Amnesty international ou la Cour interaméricaine des droits de l'homme (CIDH).

Jeudi, la France a elle aussi dénoncé la situation, appelant "toutes les parties à renoncer à la violence et à soutenir la mise en place d'un mécanisme d'enquête internationale, autonome et indépendant".

Malgré la réprobation de la communauté internationale, Daniel Ortega martèle qu'il ne partira pas, rejetant ainsi les demandes de l'opposition en faveur d'élections anticipées afin d'abréger son mandat, prévu jusqu'en janvier 2022.

"Le Nicaragua nous appartient à nous tous et nous restons tous ici", a-t-il lancé mercredi soir devant plusieurs milliers de ses partisans.

Au sein du pays, l'un des plus pauvres d'Amérique centrale, le chef de l'Etat perd chaque jour de nouveaux soutiens.

Mercredi, les milieux d'affaires, alliés traditionnels du président, ont publiquement pris leurs distances.

"De mon point de vue, et c'est quelque chose de largement partagé dans le secteur privé, il faut trouver une sortie ordonnée, dans le cadre constitutionnel, ce qui implique des réformes incluant une élection (présidentielle) anticipée au Nicaragua", a ainsi plaidé l'homme le plus riche du pays et patron du principal groupe nicaraguayen, Carlos Pellas.

Jeudi, la Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN), qui s'était proposée comme médiatrice du dialogue entre gouvernement et opposition, a prévenu que celui-ci ne reprendrait pas tant que la répression ne cesserait pas.

"Nous, les évêques de la CEN, condamnons tous ces actes de répression par des groupes proches du gouvernement et nous voulons dire clairement que le dialogue national ne pourra reprendre tant qu'on continuera de nier au peuple du Nicaragua le droit à manifester librement, et qu'on continuera de le réprimer et de l'assassiner", a-t-elle affirmé dans un communiqué.

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