Viktor Orban, l'ancien dissident devenu maître controversé de la Hongrie

Autocrate pour les uns, héros de la nation pour les autres, Viktor Orban divise mais gagne à la fin: le dirigeant hongrois a remporté dimanche ses troisièmes législatives d'affilée à la tête d'un pays que cet ancien libéral, devenu pourfendeur de l'immigration, a profondément transformé.

Viktor Orban, l'ancien dissident devenu maître controversé de la Hongrie

Le Premier ministre Viktor Orban célèbre sa victoire le 8 avril 2018 à Budapest après le scrutin législatif © ATTILA KISBENEDEK [AFP]

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A 54 ans, dont douze ans passés à gouverner la Hongrie, le Premier ministre sortant, dont le parti arrive largement en tête du dépouillement de 81% des suffrages, paraît inamovible sur la scène politique de cet ancien pays communiste, en dépit des critiques de nombre de ses partenaires européens.

Modèle des droites dures en Europe et Outre-Atlantique, Viktor Orban a été récemment qualifié de "héros" par Steve Bannon, ex-conseiller du président américain Donald Trump, dans une interview au New York Times.

C'est pourtant en jeune libéral qu'à 26 ans il se fait un nom quand, cheveux au vent et chemise blanche, il défie le régime communiste à Budapest avec un discours enflammé, en juin 1989, pour la liberté, lors d'un hommage aux victimes du Soulèvement de 1956.

Cofondateur un an plus tôt de l'Alliance des jeunes démocrates (Fidesz), il devient le symbole des aspirations de la Hongrie à se libérer du totalitarisme et à adopter les valeurs occidentales.

Premier ministre en 1998, il doit cependant abandonner le pouvoir quatre ans plus tard après sa défaite de justesse face au Parti socialiste, héritier des anciens communistes, alors qu'il était donné favori. Une humiliation qu'il n'oubliera jamais.

Revenu au pouvoir en 2010, alors que le pays est profondément ébranlé par la crise économique et par des scandales liés au précédent gouvernement de gauche libérale, il entreprend de cimenter l'emprise de son parti sur toutes les institutions du pays au nom du salut de la "nation hongroise".

Admirateur de Poutine

Confortablement réélu en 2014, ce père de cinq enfants revendique l'exercice d'une "démocratie illibérale" et proclame son admiration pour le président russe Vladimir Poutine, qu'il est le premier dirigeant de l'UE à accueillir après l'annexion de la Crimée.

Les critiques de l'Union européenne ou des Etats-Unis sur l'atteinte à l'équilibre des pouvoirs ou sur son refus d'accueillir des réfugiés n'ont que marginalement infléchi sa politique.

Au contraire, face à une chancelière allemande Angela Merkel affaiblie, il s'estime aujourd'hui conforté par la politique qu'il a mise en oeuvre lors de la vague migratoire de 2015, érigeant notamment des centaines de kilomètres de clôture barbelée pour bloquer les réfugiés, qu'il assimile régulièrement à des "terroristes" en puissance.

Dans la foulée, Viktor Orban a fait de George Soros son bouc émissaire favori, accusant le milliardaire juif américain, qui finance de nombreuses ONG de droits civiques en Europe, de fourbir un "plan" destiné à noyer l'Europe sous les migrants, dans une campagne aux relents antisémites.

Les ennemis de la Hongrie "ne croient pas au travail mais spéculent avec de l'argent. Ils n'ont pas de patrie mais croient que le monde leur appartient", a-t-il martelé durant la campagne

Né le 31 mai 1963, ce passionné de football qui a grandi dans une localité proche de Budapest est pourtant passé par l'université d'Oxford... grâce à une bourse du même George Soros.

- Lignes rouges -

Opportuniste ou visionnaire ? "C'est la question à un million de dollars", estime Andras Schweitzer, de l'université Eotvos Lorand de Budapest. Une chose est toutefois sûre, selon lui: la plupart des interlocuteurs d'Orban "reconnaissent son talent et son art de comprendre très vite les choses".

Son électorat lui sait gré d'un chômage au plus bas (3,8%) et d'une croissance dynamique (4% en 2017). La lassitude manifeste d'une partie des Hongrois face aux pratiques jugées clientélistes et aux allégations de corruption du gouvernement dans les cercles du gouvernement n'ont pas bénéficié à une opposition divisée.

Celui qui a été affectueusement appelé "dictateur" par le président de la Commission Jean-Claude Juncker, a toujours pris garde à ne jamais franchir complètement les lignes rouges, alors que son pays dépend des fonds UE pour la quasi-totalité de ses investissements structurels.

Mais avant l'élection, le dirigeant, dont le physique s'est épaissi au fil des ans, avait prévenu vouloir prendre des mesures "morales, politiques et juridiques" dans la foulée des législatives, suscitant l'inquiétude chez les organisations de la société civile en Hongrie.

Une victoire d'Orban verrait sa rhétorique devenir "de plus en plus agressive", a prédit l'analyste Edit Zgut de l'institut Political Capital.

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