SNCF: après la grève, la dette au centre des débats

Après une première grève de deux jours en France contre la réforme du rail, retour à la concertation: le gouvernement et les syndicats de cheminots, confortés par la mobilisation, se sont retrouvés jeudi pour parler de la lourde dette de la SNCF.

SNCF: après la grève, la dette au centre des débats

Un cheminot gréviste, mercredi 4 avril 2018 à Marseille © BERTRAND LANGLOIS [AFP]

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Le trafic, très perturbé mardi et mercredi par la grève, a repris progressivement jeudi.

Abordée à l'Assemblée nationale, la question de la dette de la SNCF, qui atteint 55 milliards d'euros et coûte un milliard par an à l'entreprise, était au centre des préoccupations jeudi.

Le thème était examiné, entre autres, lors d'une table ronde qui a démarré en début d'après-midi au ministère des Transports, avec les fédérations représentatives à la SNCF (CGT, Unsa, SUD, CFDT) et FO, représentative au niveau de la branche.

Sorti en cours de réunion pour aller à un rendez-vous "des députés de la majorité", Sébastien Mariani, l'un des membres de la délégation CFDT, a indiqué qu'il n'y avait "pas d'avancées". "On est toujours sur du transfert obligatoire (des cheminots vers d'autres entreprises dans le cadre de la concurrence, NDLR) et ça, c'est inacceptable pour la CFDT", a-t-il ajouté.

"Le gouvernement maintient sa feuille de route et renvoie désormais des évolutions aux amendements qui seront examinés lors de la session parlementaire qui s'ouvre le 9 avril", a indiqué de son côté par texto Eric Santinelli de SUD Rail.

Avant la réunion, Roger Dillenseger (Unsa) s'était dit sceptique quant à "la capacité d'avancer aujourd'hui".

"Il n'y a aucune réponse, le gouvernement s'entête", a déclaré à sa sortie François Grasa, représentant de FO qui n'assiste que partiellement à la concertation, estimant que cette rencontre "risque d'amplifier" le mouvement des cheminots.

La dette,"question clé"

Jeudi, pour la première fois depuis le début du conflit, le président Emmanuel Macron s'est exprimé publiquement. Évoquant des "protestations qui sont totalement légitimes et supposent un travail d'explication continu de la part du gouvernement", il a estimé à Rouen que les mouvements sociaux "ne devaient pas empêcher le gouvernement de gouverner".

Dans la matinée, le Premier ministre Édouard Philippe s'est dit "ouvert" à la reprise d'une partie de la dette SNCF par l'État, mais avec des "contreparties" sur "le fonctionnement de la SNCF".

"Chantage", a répondu le numéro un de la CGT Philippe Martinez. "+Acceptez ce qu'on vous propose et on parlera de la dette après+; c'est proprement scandaleux", s'est-il exclamé.

Plus modéré, Laurent Berger de la CFDT a estimé qu'"il n'y avait pas d'autre issue" que la reprise de la dette par l'État, "parce que ce n'était pas la dette des cheminots, (ni) celle des usagers".

La dette est "une des questions clés", a reconnu Jean-Claude Mailly de FO devant l'Association des journalistes sociaux (Ajis), ajoutant qu'il n'était "pas acceptable de laisser entendre que les problèmes de la SNCF étaient liés au statut".

La réforme ferroviaire attise la colère des syndicats sur trois projets en particulier: la fin de l'embauche au statut, la transformation de la SNCF en société anonyme et les modalités d'application de l'ouverture à la concurrence.

Manifestation nationale commune

Sur ce dernier point, le gouvernement "a fait des annonces la semaine dernière; la réunion d'aujourd'hui doit permettre d'en reparler", fait-on remarquer au ministère des Transports.

Seront également abordées "les questions d'organisation" à la SNCF, notamment le changement de statut de l'entreprise. "Il n'y a aucun sujet de privatisation sur la table", a répété cette source.

Vendredi, une autre réunion au ministère se penchera sur les droits sociaux des cheminots.

Selon le calendrier de grèves de deux jours sur cinq, prévu jusqu'en juin, le deuxième épisode s'étendra de samedi 20H00 à mardi 07H55.

Les cheminots CGT d'Ile-de-France appellent à un rassemblement lundi à 13H00 devant l'Assemblée nationale. Quant à SUD-rail, partisan d'un mouvement reconductible, il a appelé jeudi "à renforcer la mobilisation".

Côté politique, le député insoumis François Ruffin a proposé une "grande manifestation nationale commune le 5 mai" et le président du groupe LFI à l'Assemblée, Jean-Luc Mélenchon, a appelé à une manifestation commune "anti-Macron", à Marseille, avec une quinzaine de syndicats, dès le 14 avril.

Alors que plusieurs mouvements sociaux agitent le pays -Air France, universités, milieu hospitalier-, les responsables des principales confédérations (CGT, FO, CFDT, CFTC, CFE-CGC) ont prévu de se rencontrer mi-avril pour "faire le point de la situation", a indiqué Jean-Claude Mailly.

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