Au galop: l'histoire de la reconstruction d'une danseuse à la chapelle Saint-Louis de Rouen

La chorégraphe Stéphanie Chêne raconte dans un spectacle original son difficile parcours pour reprendre possession de son corps après un accident dramatique. Présenté dans la cadre du festival SPRING à la chapelle Saint-Louis à Rouen (Seine-Maritime) du 20 au 22 mars 2018, Au galop recèle d'invention scénique et d'énergie vitale.

Au galop: l'histoire de la reconstruction d'une danseuse à la chapelle Saint-Louis de Rouen

Suspendue, la chorégraphe évoque avec dérision la longue immobilisation à laquelle elle fut contrainte. © Alain Monot

Par Elodie Laval

Il y a 20 ans, Stéphanie Chêne alors jeune danseuse, est gravement blessée par un cheval. Après de longs séjours en hôpital et une rééducation pénible, elle parvient à retrouver ses facultés. Elle se nourrit de cette expérience pour créer avec la complicité de Pierre Guillois un spectacle autobiographique tout en finesse présenté à la chapelle St Louis à Rouen du 20 au 22 mars. Stéphanie Chêne nous présente Au galop!

Comment est né le désir de parler de cet accident traumatisant?

"J'étais une jeune danseuse en fin de formation lorsque, au cours d'une balade- je pratiquais l'équitation en amateur- le cheval s'est couché sans raison sur moi, écrasant mon bassin. Après cet accident j'ai dû rester de longs mois à l'hôpital, immobilisée, maintenue dans une position allongée, ayant peu d'espoir de pouvoir danser à nouveau un jour. Il m'a fallu réinventer ma vie, trouver des feintes pour surmonter cet handicap. J'avais désormais en moi de manière permanente le fantôme de ce cheval et il me fallait vivre avec ce bassin tordu et cette jambe plus courte que l'autre. Ce drame m'a profondément changé et m'a permis d'apprendre à profiter de chaque moment sachant désormais qu'en l'espace d'une seconde, une vie peut basculer. Pendant très longtemps, j'ai tu cette expérience. Puis, après avoir collaboré à plusieurs reprises avec Pierre Guillois sur des mises en scène de l'intime, j'ai eu le désir de revenir sur scène et il m'a semblé opportun de raconter mon propre parcours: vingt ans plus tard j'avais désormais le recul nécessaire."

Pour ce projet vous avez choisi de travailler avec Pierre Guillois, pourquoi?

"Pierre Guillois est mon complice de longue date, j'ai travaillé avec lui sur la mise en scène de deux spectacles qui racontent l'intimité de deux femmes. A force de l'accompagner dans son questionnement sur l'intime, après avoir travaillé de longues années comme chorégraphe et assistant metteur en scène, j'ai eu le désir de remonter sur scène. Je venais d'achever une trilogie chorégraphiée sur le désir de la femme, et cela m'a amenée à raconter ma propre histoire que j'ai déjà présentée au directeur du Théâtre Le Quartz à Brest qui m'a soutenue dans ce projet. J'ai décidé de faire appel à Pierre car je savais qu'il m'aiderait à trouver la distance nécessaire pour parler de ce drame intime dont je voulais faire une ode à la vie. Dans ce spectacle, je ne voulais pas danser puisque j'évoquais une période ou j'étais immobilisée par la force des choses. Pourtant, il me fallait m'investir par le corps. Pierre a eu alors l'idée géniale de me suspendre. Un prototype de baudrier, baptisé "le galopin", a été imaginé spécialement pour le spectacle. Ses éléments empruntent autant au monde équestre qu'au monde de la rééducation: on retrouve les rênes du cheval ou les sangles des machines de rééducation. La présence oppressante du cheval lui-même se fait également sentir par un jeu d'ombre, de vidéo ou par la bande-son. "

Comment s'articule le récit?

"Je commence le spectacle en me présentant telle que je suis aujourd'hui puis je revis l'épisode du drame et l'arrivée aux urgences jusqu'à la sortie de l'hôpital. C'est un récit qui fonctionne en étoile. Je fais des focus sur des moments forts, sur les personnes qui m'ont entourée et dont je me suis nourrie. Le spectacle varie les formes, même si je suis seule sur scène je ne parle pas qu'en mon nom propre. Je restitue des dialogues, je révèle des monologues intérieurs des autres tels que j'ai pu les imaginer. C'est un témoignage, une introspection mais bien plus encore, j'incarne tour à tour les différents personnages qui ont gravité autour de moi dans cette période de reconstruction: la mère, le père, l'amant, l'amoureux, le kiné stagiaire, l'aide-soignant et chacun a sa propre forme littéraire. Pour le père, par exemple, c'est un portrait en creux, nous communiquions sans parole. J'ai voulu retranscrire ces échanges non-verbaux."

Pratique. mardi 20, mercredi 21, jeudi 22 mars à 20h. Chapelle Saint louis à Rouen. Tarifs 3 à 18€. 02 35 98 45 05

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