Disgrâce : Le roman de John Mawxell Coetzee adapté au Théâtre des deux rives à Rouen

Le roman de John Mawxell Coetzee qui traite de la disgrâce d'un homme en Afrique du Sud en période de post-Apartheid fait l'objet d'une adaptation par Jean-Pierre Baro et Pascal Kirsch: un drame psychologique et politique tout en finesse à découvrir sur la scène du Théâtre des deux rives à Rouen (Seine-Maritime) du 20 au 23 mars 2018.

Disgrâce : Le roman de John Mawxell Coetzee adapté au Théâtre des deux rives à Rouen

Disgrâce suit la déchéance de David dans l'Afrique du Sud post-apartheid. © Simon Gosselin

Par Elodie Laval

Avec Disgrâce présenté au Théâtre des deux rives à Rouen du 20 au 23 mars, Jean-Pierre Baro signe une première adaptation d'un roman sous une forme théâtrale. Le metteur en scène nous explique ses choix:

Pourquoi avez vous choisi ce texte? Qu'est ce qui vous a interpellé dans l'écriture de J.M. Coetzee?

"Le roman retrace la longue descente aux enfers d'un homme nommé David qui n'est pas raciste mais qui vit dans l'Afrique du sud post-apartheid et qui a connu l'apartheid. Coetzee se demande si on peut vivre normalement dans un pays où les autres sont opprimés juste à nos côtés. Sa réponse est non. Cet homme subit la vengeance et la disgrâce. Ce texte me permet de parler des colons européens, de m'interroger sur les conséquences aujourd'hui des années de colonisation."

Quels ont été les difficultés rencontrées pour mettre en scène le roman?

"Ce qui est très fort dans l'écriture de Coetzee, c'est son style lapidaire: il est très précis. Il y a dans le roman beaucoup de dialogues et de situations. Le roman se prête particulièrement bien à une adaptation théâtrale pour cette raison. Cependant il est très long: il fait 200 pages. Il fallait donc couper le roman tout en conservant les meilleures lignes et forces de tension entre les scènes. D'autre part, même si le roman traite des rapports des afrikaaners et des locaux, l'appartenance des protagonistes à l'un ou l'autre des clans n'est jamais explicitée par l'auteur. Pour cela, j'ai choisi de masquer les visages avec de la peinture pour rendre compte de ce trouble et pour montrer que le racisme n'est qu'une historie de peinture."

Présentez-nous David, le personnage principal?

"Il n'est pas exceptionnel. Ce qui est exceptionnel, c'est que ce professeur d'université blanc, amateur de littérature romantique, accusé d'un rapport sexuel non consenti avec une jeune étudiante, accepte son sort et sa lente descente aux enfers. La faute dont on l'accuse n'est que supposée, le roman maintient le doute. David accepte son sort jusqu'au moment où sa propre fille se fait agresser. Je pense que Coetzee se livre un peu à travers le personnage de David. Même s'il brouille les pistes, il est toujours très présent dans ses romans, ce sont des autobiographies romancées. Il y a beaucoup de lui-même, de ses interrogations, de ses fantasmes et de ses désirs."

Comment s'exprime la violence du texte? Et quelle est sa portée politique?

"J'ai souhaité rester fidèle au roman qui produit beaucoup de complexité et de trouble. Coetzee ne donne ni réponse ni  jugement. Il place ses personnages dans une situation inextricable. Je cherche a transmettre l'âme du roman dans la pièce, à faire ressentir ce trouble aux spectateurs. L'intrigue prend place dans la période post-apartheid, lorsque les noirs reprennent le pouvoir après des années d'oppression. Coetzee se place simplement comme un observateur de la réalité du pays. Pour représenter cette atmosphère de violence, nous avons travaillé sur l'ambiance sonore notamment en incluant des aboiements des meutes de chiens errants qui sont évoqués en toile de fond par Coetzee  et des scènes de bagarres chorégraphiées. La pièce nous interroge dans nos rapports à nos ex-colonies et montre les femmes comme les premières victimes de ces affrontements".

Pratique. Mardi 20, mercredi 21, jeudi 22 et vendredi 23 mars à 20h. Théâtre des deux rives à Rouen. Tarifs 9 à 14€. 02 35 70 22 82

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