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Soeur Nathalie trouve l'équilibre entre la danse et la vie religieuse

Soeur Nathalie trouve l'équilibre entre la danse et la vie religieuse

Sr Nathalie

Le
Par : Jean-Luc Lefrançois

Sr Nathalie est née à Rouen. Passionnée par la danse classique et la spiritualité, la religieuse trouve un équilibre appelé aussi exigence celui de la rigueur et du don de soi.

 

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Comment avez-vous découvert la vie consacrée et la congrégation dans laquelle vous vous êtes engagés ?

Sœur Nathalie Requin : Enfant, j’étais fascinée par sainte Thérèse de Lisieux. Pour moi, la vie religieuse, c’était le carmel. J’ai connu ensuite des religieuses avec le Mouvement eucharistique des jeunes (MEJ). Puis, étudiante, j’ai vécu trois ans dans un foyer tenu par des ursulines, mais je n’avais jamais pensé que je pouvais y entrer. Enfin, une amie m’a entraînée pour réviser l’agrégation chez les sœurs marianistes de Sucy-en-Brie. Ces femmes m’ont paru tout à fait normales et la simplicité de leur vie fraternelle m’a frappée. Cela m’a permis de mettre un visage sur une forme de vie consacrée qui m’a attirée.

Des visages joyeux et pacifiés, oui, cela attire. Quand j’ai rencontré les sœurs, j’ai senti de la paix chez elles, et pourtant elles rencontraient des soucis à ce moment-là. Elles parlaient beaucoup de leurs problèmes à table, mais malgré tout, le témoignage de leur vie religieuse était là, dans une sorte d’unification de l’être, sans nier ce qui était compliqué.

Comment s’est passée, pour vous et pour vos proches, l’entrée dans la vie religieuse ?

Sœur N. R. : J’étais normalienne, agrégée de lettres classiques. Ma route était toute tracée : j’allais faire ma thèse de doctorat, mes grands-parents m’imaginaient passant l’ENA, arrivant dans les dix premières, travaillant au Conseil d’État et me mariant avec un énarque… Mais ce programme ne me satisfaisait pas beaucoup. Je suis partie un an au Togo comme volontaire, auprès des marianistes. Et là j’ai été enseignante, ce pour quoi j’étais formée. J’ai pu vivre avec les sœurs, vérifier que leur équilibre de vie m’allait bien.

Pour vos collègues et amis, vous étiez sans doute les premiers qu’ils connaissaient à annoncer un tel choix de vie. Quelles ont été leurs réactions ?

Sœur N. R. : Mes amis non chrétiens ont accepté ce que je leur ai annoncé, car ils y voyaient le côté humanitaire, avec l’idée que j’allais me rendre utile, rendre service. Mes amis cathos se demandaient pourquoi ça m’arrivait à moi. Pour mes parents, il n’était pas simple d’accepter que leur enfant suive une autre voie que la leur, dont ils ne connaissent ni les difficultés ni les joies propres.

Sœur Nathalie, vous n’avez pas renoncé complètement à votre vie d’avant puisque vous enseignez.

 Sœur N. R. : J’avais pensé renoncer à une thèse, à un travail de recherche en entrant dans la vie religieuse, mais la première chose qui m’a été demandée après mes premiers vœux, c’était de faire ma thèse de doctorat. En fait, j’y vois une certaine cohérence. La vie consacrée n’est ni un renoncement à mes goûts les plus profonds, ni à mes aptitudes. Je me sens d’autant plus responsable de développer mes dons et tout ce que m’a offert ma formation dans la vie religieuse.

Sœur N. R. : Je suis toujours triste quand je vois certaines congrégations qui occultent complètement cette dimension-là, sous prétexte de service ou de travail. La dimension intellectuelle n’est pas incompatible avec la charité mais, au contraire, la nourrit.

Mais alors, quel renoncement est justifié quand on choisit une telle voie ?

Sœur N. R. : Les renoncements sont justes s’ils vous rendent plus libres. Je n’ai pas choisi le célibat pour lui-même, mais pour la vie en communauté, et je fais l’expérience qu’il me rend plus libre d’aimer. Cela serait inquiétant s’il n’y avait aucun renoncement ! Ce serait le signe que j’ai choisi une vie trop facile, et que je fuirais quelque chose.

En vous engageant dans une vie avec des personnes parfois beaucoup plus âgées, et en étant seuls de votre génération, n’avez-vous pas le sentiment d’être les derniers des Mohicans ?

Sœur N. R. : Quand je suis arrivée chez les marianistes, il n’y avait pas eu de vocation dans la province de France depuis une vingtaine d’années. Les deux plus jeunes de la communauté pourraient presque être ma mère. Et, depuis, il n’y a eu aucune entrée. Cela reste un mystère. Cette question m’a angoissée périodiquement, me faisant m’interroger sur ce que pourrait être mon avenir. Même si des jeunes filles entraient aujourd’hui, je resterai a priori la seule de ma génération.

Au quotidien, quels sont les écueils de cette solitude générationnelle ?

Sœur N. R. : Le pire a été quand j’ai fait visionner le film Astérix et Obélix – Mission Cléopâtre à ma communauté. J’étais pliée de rire du début à la fin, mais les autres sœurs pas du tout… Plus sérieusement, un danger serait de se laisser infantiliser en se disant : « Je suis la petite jeune, tout m’est permis… » Ou alors de penser qu’on a réponse à tout, étant de la jeune génération. Mais cela nous oblige aussi à nous ouvrir, à ne pas rester dans les codes des gens de notre âge, et nous rend apte à rencontrer des gens de toutes générations.

Quel sens a la fraternité avec des personnes beaucoup plus âgées que vous ?

Sœur N. R. : On ne s’est pas choisies et c’est un travail quotidien de se reconnaître comme sœurs. Il y a des moments privilégiés pour constituer cette fraternité, comme la prière des Heures. Nous vivons aussi l’oraison en commun, pendant une heure, à la chapelle, en se supportant les unes les autres dans la prière silencieuse… Il faut accepter le côté mystique de notre vie, sinon cela ne tiendrait pas humainement. Nous sommes de formation, d’éducation, d’origine tellement différentes ! Mais la fraternité est réelle et constitue notre premier témoignage.

Identifiez-vous des forces et des faiblesses spécifiques à votre génération dans la vie religieuse ?

Sœur N. R. : Pour voir les choses plus positivement, nous avons une certaine indépendance, qui nous permet de ne pas tout attendre de la communauté.

L’engagement à vie est-il possible ?

Sœur N. R. : Dans la vie religieuse, la perception du temps n’est pas la même. Je n’ai pas de portable, donc ne suis pas joignable dans l’instant. Quand je fais une demande, la réponse peut prendre plusieurs jours. Cette temporalité différente apprend à s’inscrire dans la durée. Pour être capable de prendre cet engagement, je m’appuierai sur l’expérience du Salut : si le Seigneur s’est engagé envers moi, c’est pour toujours, car il est fidèle.

Comment vivre un certain équilibre affectif en ayant choisi le célibat ?

Sœur N. R. : J’ai réalisé que le vœu de chasteté engage le corps, mais aussi le cœur et l’imagination, ce qui est parfois beaucoup plus difficile. Je sais que je reste une femme, avec des désirs, et je prends ça avec beaucoup d’humour. Garder des amitiés mixtes est aussi très important. J’apprécie de travailler avec des frères de la branche masculine de notre congrégation, car je sens notre complémentarité. Et la communauté, même si elle ne satisfait pas tous nos besoins d’affection, de reconnaissance, est une source d’épanouissement si l’équilibre est sain et source de joie. Je suis aussi heureuse d’avoir repris la danse classique, que j’avais pratiquée jusqu’à 17 ans, car j’y trouve un lieu d’expression corporelle.

Quelles attentes de la société identifiez-vous à votre égard ?

Sœur N. R. : De la cohérence et de l’authenticité. J’ai l’impression que les gens sont très sensibles à ce témoignage. Souvent, les personnes que nous rencontrons viennent chercher la personne consacrée. Une amie m’a dit : « Je viens voir la religieuse, pas l’amie. »

Recueilli par Clémence Houdaille

 


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