A Caen, des migrants racontent leur vie après Calais

A Caen, des migrants racontent leur vie après Calais

Saber et Ahmed, migrants au centre d'hébergement d'urgence "2 choses Lune" © Maxence Gorréguès

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Par : Margaux Rousset

Saber et Ahmed sont deux migrants arrivés à Caen (Calvados), au printemps 2016, au sein du centre d'hébergement d'urgence "2 Choses Lune", situé sur la Presqu'île. Ils témoignent, huit mois après, de leur quotidien après être passés par Calais.

Ahmed a pris un bus au hasard, en juin 2016 au départ de Calais. Destination Caen (Calvados). À 27 ans, le Calvados est la dernière étape de son long périple. Parti le 5 avril 2016 du Soudan du Sud, après le bombardement de son village, le jeune homme est passé par la Libye, l'Italie et Paris avant de rester deux mois dans la "jungle". Ahmed est arrivé le 1er juin à Caen et a été dirigé par la direction départementale de la cohésion sociale du Calvados (DDCS) qui dépend de la Préfecture, vers le centre d'hébergement d'urgence de l'association "2 Choses Lune".

Le français, la clé de l'insertion

La journée d'Ahmed est rythmée par les cours de français qu'il suit assidûment pour pouvoir communiquer avec les personnes du centre et de l'extérieur. Il sait aussi que c'est la clé d'une réinsertion réussie. "Je me lève tous les matins à 7h30, je bois mon thé puis je révise mes cours". Quatre jours par semaine, avec sept autres personnes, il apprend à lire et écrire avec Alice, leur professeur, et huit mois après son arrivée, Ahmed arrive très bien à se faire comprendre. "Mais je n'arrive pas encore à bien écrire", rigole-t-il
Une fois les cours de français terminés, il se rend parfois à la Maison de la solidarité pour discuter avec d'autres personnes et faire connaissance, mais le plus souvent il se promène. Son endroit caennais préféré? "Le château! J'y vais très souvent". Il y a aussi le marché le dimanche sur la Presqu'île. "J'achète des fruits, des légumes, de la viande ...".

Le centre d'hébergement, un refuge

Les repas sont des moments de partage importants pour les résidents du centre d'hébergement d'urgence. La cuisine est aussi le lieu préféré de Saber, yéménite. Son visage s'illumine lorsqu'on lui parle de repas et de préparation. Dans un français encore approximatif, il explique qu'il aime cuisiner surtout du poulet et des plats de son pays. "Mais bientôt, je ferai de la cuisine française", sourit-il. À 28 ans, cet électricien de formation, a fui le Yémen et les bombardements qui ont tué son père. Passé par la Libye et l'Italie, il se souvient particulièrement de sa rencontre avec une habitante de Nice qui l'a aidé et lui a trouvé de nouveaux vêtements. Saber est aussi passé par Calais avant de se retrouver au centre d'hébergement d'urgence de Caen.

"C'est du passé. C'est fini"

Régulièrement Saber, Ahmed et 14 autres migrants se retrouvent pour partager les repas ou une partie de foot. Mais de leur déracinement, de leur passage à Calais, ils n'en parlent jamais. "C'est du passé, c'est fini. On parle du nouveau maintenant", explique Ahmed les yeux baissés et la voix empreinte d'émotions.
Si les deux hommes ont tissé des liens d'amitié, ils vont devoir se séparer dans un futur assez proche. Ahmed a obtenu son statut de réfugié il y a quelques semaines. Il peut donc désormais faire une demande de logement, s'inscrire à Pôle emploi et refaire une formation de maçon, son métier au Soudan. Saber, lui, est sous le coup de la procédure de Dublin III (un seul État peut accorder une demande d'asile dans l'Union européenne. Soit le pays par lequel le migrant est entré soit l'État qui a accordé un visa). Pour lui, il s'agit de l'Italie. "Mais je ne veux pas y aller, je veux rester ici", explique-t-il avec conviction. Avec l'aide de 2 Choses Lune, il va faire une demande pour rester en France.

Le centre d'hébergement "2 Choses Lune".

L'association 2 choses Lune, est localisée sur la Presqu'île de Caen, sur un terrain mis à leur disposition par la Mairie. 90 places ont ouvert en avril 2015 pour accueillir en hébergement d'urgence des personnes de droits commun amenées par le 115 par exemple. En novembre 2015, 16 places en plus ont été réservées pour les migrants venant de Calais avant le démantèlement de la "jungle".
"Le but du centre est d'offrir un toit avec des sanitaires. Certains ont une cuisine dans leur bungalow, d'autres utilisent la cuisine commune. Notre objectif est de leur permettre de se poser, de demander l'asile en France, de bénéficier des premiers soins", explique Eric Mondjanagni, responsable du site.
Avec le démantèlement de Calais, un autre "village" a ouvert juste derrière le premier village.

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