Tendance Ouest

Vieux métiers : les jeunes prennent la relève

11h00 - 27 février 2014 - par L-S.J-B

Les forgerons, modistes ou maréchaux-ferrants disparaissent peu à peu... Pourtant, des jeunes tiennent à perpétuer la tradition de ces vieux métiers autour de Caen.

Passant chaque jour devant le discret atelier du 15 de la rue Demolombes, Agathe, Caennaise pas encore trentenaire, ne manque jamais de jeter un œil impressionné à travers les vitres, qui laissent entrevoir le travail passionné de jeunes assistants luthiers secondant Jean-Yves Tanguy. Tous ont le même âge qu’elle, mais ont choisi comme gagne-pain ce métier aux racines séculaires, et dont les techniques et les produits n’ont pratiquement pas changé depuis la grande époque des violons, aux XVIIe et XVIIIe siècles. Ils sont les nouvelles générations d’artisans : des exceptions qui optent pour la passion du métier plutôt que la rentabilité assurée, et perpétuent ainsi des traditions en sursis.

“La passion me nourrit”

“Les vieux métiers attirent peu de monde aujourd’hui”, constate en effet Alain Marie, référent en Basse-Normandie des Meilleurs ouvriers de France, label d’excellence des artisans. “La plupart des personnes qui choisissent la voie des vieux métiers d’art ont choisi de se reconvertir après avoir testé d’autres métiers. Ils cherchent l’amour du travail.” C’est ce qui est arrivé à Pierre Lavoignat. Lui était intermittent du spectacle. Il y a trois ans, il a fait de son hobby son occupation principale et crée les “Forges de Midgard” à Cabourg. A 34 ans, il est aujourd’hui forgeron, modèle le fer forgé, façonne des couteaux, sculpte des outils... et a trouvé son domaine : “J’ai voulu revenir à une activité plus essentielle, plus concrète. Bien sûr, tout n’est pas rose. Mais cette passion me nourrit. Je suis là où je devais être”. Il ajoute à ce travail millénaire une touche très actuelle, en atteignant par son site web de potentiels acheteurs bien plus loin que ne pouvaient le faire ses illustres ancêtres. Toucher une clientèle au-delà des frontières locales : un pari difficile mais nécessaire pour permettre à ces jeunes artisans de vivre de leur métier.

De la “petite marchande de rêve” à la modiste

Défi relevé par Chloé Hérouf, modiste de 38 ans, à l’atelier des créateurs, à Caen : elle y fabrique à l’ancienne des chapeaux pour femmes. Environ 300 chaque année. “A l’époque, on appelait les modistes les petites marchandes de rêve”. Maintenant, peu de personnes savent que ce métier existe. J’ai aujourd’hui plus de demandes de Parisiennes que de Caennaises !”, s’amuse-t-elle. Qui plus est, elle a aujourd’hui, après 15 ans de métier, obtenu une vraie reconnaissance de ses pairs : elle fera cette année partie du jury au prestigieux concours du Meilleur ouvrier de France, qui récompense l’excellence des artisans d’art.

Un métier sans électricité

A 20 kilomètres au sud de la capitale bas-normande, Luc Leroy a su pérenniser son activité. Il y a 5 ans, le vieux maréchal-ferrant a vendu sa clientèle à deux de ses anciens ouvriers, aujourd’hui installés tout près de leur ancien patron. La transmission, c’est le quotidien de Cyrille Marie, maître ébéniste à Caen. Chez lui, toute restauration est faite à la main et aux vieux outils. Il n’y a pas de machine électrique. De quoi perturber les jeunes générations... C’est pourtant, justement, ce travail du bois qui attire les deux stagiaires et l’apprenti qui accompagnent en ce moment l’ébéniste. “Je préfère faire quelque chose de peu rentable, mais qui me passionne. C’est fou de voir comme on faisait à l’époque des meubles tellement plus beaux qu’aujourd’hui, avec si peu de moyens”, s’étonne Madison Larabi, stagiaire de 19 ans. Choisir cette voie n’est cependant pas sans risques : “si je ne trouve personne pour m’embaucher à l’issue de ma formation, je devrai me réorienter”, évoque Camille Canu, autre stagiaire. “Eux garderont en mémoire la façon dont on travaillait à l’époque. Ils sont l’avenir”, conclut Cyrille Marie. “A eux de défendre nos vieux métiers !”

Souvent, une rencontre comme point de départ

Difficile de mettre en avant un parcours type pour accéder à un vieux métier, tant les profils sont nombreux. “Tout est affaire de passion. Beaucoup se reconvertissent depuis des milieux complètement différents”, relève Alain Marie, qui fédère la quinzaine de Meilleurs ouvriers de France que compte l’agglomération de Caen. “Souvent, les jeunes qui se lancent dans les vieux métiers d’art sont issus d’une formation littéraire, à l’université”. A Caen, l’Ecole supérieure des Arts et médias donne à ses étudiants la possibilité de s’essayer à d’anciennes techniques, telles que la lithographie ou la gravure. Mais c’est souvent une rencontre qui est le point de départ de cette vocation. C’est tout l’intérêt des apprentissages mis en place par les formations courtes (BEP ou CAP), qui permettent de découvrir un univers avec un professionnel. Les Compagnons du devoir donnent aussi un cadre formateur aux personnes qui cherchent à s’épanouir dans un métier d’artisanat.

En quête d’avenir 

On compte autour de Caen des luthiers, un forgeron, une modiste, une vitrailliste, un sellier, un taxidermiste, des maréchaux-ferrants...

Produits d’antan 

Cyrille Marie, ébéniste, travaille parfois en marqueterie l’écaille de tortue. Le doreur Bertrand Heudron utilise de la colle à base... de peau de lapin !

Portes ouvertes 

De nombreux vieux métiers ouvrent leurs ateliers au grand public pour les Journées européennes des métiers d’art, les 4, 5 et 6 avril 2014.

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