Entre Madrid et Barcelone, incompréhension et amertume

Entre Madrid et Barcelone, incompréhension et amertume

Un graffiti représentant une femme en train de coudre un drapeau des catalan à Barcelone, le 6 septembre 2017 © PAU BARRENA [AFP]

Le

Depuis l'annonce de l'organisation en Catalogne d'un référendum d'autodétermination interdit par la justice, la tension est à son comble entre Madrid et Barcelone, dont les habitants hésitent entre incompréhension et amertume.

Un drapeau catalan collé à son casque, Joffre Vives gare sa moto près des ruines de la Barcelone du XVIIIe siècle, symbole du séparatisme de la Catalogne.

Les dirigeants indépendantistes de cette riche région du nord-est de l'Espagne ont tout juste convoqué un référendum d'autodétermination pour le 1er octobre, déclaré anticonstitutionnel par la justice.

"Ils ne nous laissent pas le choix", assure Joffre, serrurier de 40 ans, tout près des ruines de l'ancienne ville, détruite par les troupes du roi Philippe V après une guerre de succession dans laquelle les Catalans avaient juré loyauté à un autre roi.

Cachées pendant des siècles sous un marché, elles ont été exhumées en 2014, pour le tricentenaire du siège de la ville et en pleine poussée de fièvre séparatiste.

"L'incompréhension vient de loin. Ils ne font pas l'effort de nous comprendre. Peu importe ce qu'on fait ici, ils le diabolisent", soupire Joffre.

"Regardez la corrida. Les Canaries (archipel espagnol dans l'Atlantique) l'ont interdite et il ne s'est rien passé. Quand nous l'avons fait ici, ça a été le grand scandale, une attaque contre l'Espagne", peste-t-il.

Quelques mètres plus loin, Daniel Blanquer est fataliste. "Le dialogue ne sert plus à rien. Ils nous traitent de putschistes alors qu'on veut juste voter lors d'un référendum".

"On n'a plus qu'à continuer d'avancer, tendre la corde", dit cet architecte de 48 ans.

Colère à Madrid

À 625 kilomètres, deux heures et demie de train de là, les visions sont tout aussi tranchées... mais dans l'autre sens.

"Les Catalans se ridiculisent", lance Alicia Heras, rencontrée dans le quartier de Las Cortes à Madrid, où se trouve depuis 1843 le bâtiment de la Chambre des députés. La famille de son mari vit à Sabadell, en Catalogne. "Ils sont tous indépendantistes", lâche-t-elle. Mais, dans les repas de famille, on ne parle pas du sujet "sinon ils s'énervent trop et n'écoutent pas".

"La Constitution est là pour être respectée", ajoute cette couturière à la retraite de 63 ans, suivant la ligne du gouvernement conservateur de Madrid selon lequel "tous les Espagnols" devraient s'exprimer sur le sujet et pas seulement les Catalans.

"Ca me ferait enrager qu'ils s'en aillent, parce que nous les avons tous aidés à gagner ce qu'ils ont maintenant", ajoute-t-elle en se dirigeant vers l'avenue du Prado où se trouve le musée du même nom.

Ici, les maîtres espagnols, comme Goya et Velazquez, côtoient des Catalans, comme Rusiñol et Prats.

"Le gouvernement catalan veut l'indépendance sans tenir compte de personne, pas même de nombreux Catalans qui vivent là-bas", et veulent rester espagnols, s'indigne aussi Antonio Palomeras, informaticien madrilène de 44 ans.

Mais tous ne sont pas dans la confrontation.

"Le panorama politique me désespère. Ils ne font qu'aller à l'affrontement et ne réfléchissent pas à des politiques qui unissent la population", dit Pilar Reig, 48 ans.

"Je n'ai jamais aimé les frontières, les divisions. Maintenant, la Catalogne prend son indépendance. Et si le Val d'Aran fait la même chose ?", s'indigne-t-elle, évoquant ce petit territoire de langue occitane au nord de la Catalogne.

"Si on dresse des frontières, des frontières et encore des frontières, à la fin, on se retrouve seul".

'Vivre en paix'

Le jour où Francisca Gonzalez de la Vega fêtait ses 65 ans, le gouvernement catalan convoquait officiellement le référendum.

Cette retraitée de l'industrie chimique vivant dans le quartier de Lavapiés à Madrid l'a vécu "avec tristesse, avec beaucoup d'intérêt, et désespérée", raconte-t-elle à l'AFP devant les imposants lions de bronze de la Chambre des députés.

Pour elle, le gouvernement de Mariano Rajoy devrait "donner aux gens l'occasion de s'exprimer". "La Catalogne veut quitter l'Espagne parce qu'elle est adulte, et à cause de la corruption généralisée que nous avons en Espagne".

Et de proposer sa solution à elle: "Les inviter à Madrid, et emplir les rues de Madrid de drapeaux catalans. Les inviter pour qu'ils voient que nous voulons la même chose: vivre en paix, en tranquillité, en harmonie".

Galerie photos


1234
Tendance Live Cherbourg
Trophées Espoirs de l'Economie 2017
Suivez-nous
Facebook - Tendance Ouest
Twitter - Tendance Ouest
Google plus - Tendance Ouest
Applications - Tendance Ouest

Inscription à la newsletter

Météo
La météo en Normandie
Info Trafic
L'info trafic en Normandie
Pronostics
Les pronostics hippiques