Lula, géant de la gauche latino-américaine aux pieds d'argile

Lula, géant de la gauche latino-américaine aux pieds d'argile

L'ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva à Brasilia, le 3 juin 2017 © EVARISTO SA [AFP]

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"Lula", ouvrier métallurgiste devenu le président le plus populaire de l'histoire du Brésil et icône de la gauche latino-américaine, a perdu de son crédit avec les affaires et est désormais menacé de prison.

Visé au total par cinq procédures en justice, Luiz Inacio Lula da Silva, redoutable tribun de 71 ans qui a donné une image positive du Brésil dans le monde et dit "ne jamais renoncer", va faire appel de sa condamnation à près de dix ans de prison pour corruption.

Mais cette figure iconique de la gauche brésilienne se trouve éclaboussée à son tour, comme quasiment toute la classe politique locale. Et s'il est en tête des intentions de vote à l'élection présidentielle de 2018, il suscite en même temps un niveau de rejet élevé dans l'opinion.

Les procureurs ont accusé celui qui était cireur de chaussures dans son enfance d'avoir été le "bénéficiaire direct" de largesses d'un groupe de BTP, notamment un appartement en triplex dans la station balnéaire de Guaruja dans l'Etat de Sao Paulo (sud-est).

Sous la présidence de cet homme charismatique à la voix rauque et à l'éternelle barbe, 30 millions de Brésiliens sont sortis de la misère pour grossir les rangs de la classe moyenne, de 2003 à 2010.

Quand il a quitté le pouvoir, en janvier 2010, le taux de popularité de 80% de Lula avait permis l'élection de sa dauphine Dilma Rousseff, ex-guérillera torturée sous la dictature militaire.

Le 10 mai, lors de son premier face-à-face avec le juge Moro, son ennemi juré, Lula était sorti défiant d'un interrogatoire de plus de cinq heures, qualifiant son procès de "mascarade".

'J'ai connu la faim'

Premier chef de l'Etat brésilien issu de la classe ouvrière, il a mis en oeuvre d'ambitieux programmes sociaux, en bénéficiant des années de croissance.

Cette success-story lui a conféré une stature internationale de premier plan, lui permettant de décrocher l'organisation des deux plus grands événements sportifs planétaires: le Mondial de football en 2014, et les jeux Olympiques, qui ont eu lieu en août 2016 à Rio de Janeiro (sud-est).

Le président américain Barack Obama était lui aussi tombé sur le charme de Lula, le qualifiant de "el hombre" ("l'homme").

Rien ne prédisposait à un aussi fabuleux destin ce cadet d'une fratrie de huit enfants, né le 6 octobre 1945 dans une famille d'agriculteurs pauvres du Pernambouc (nord-est).

Lula a sept ans lorsque sa famille émigre à Sao Paulo pour échapper à la misère. "J'ai connu la faim, et quand on a connu la faim, on ne renonce jamais", a-t-il récemment rappelé.

Enfant, il cire des chaussures pour rapporter un peu d'argent à la maison. Ouvrier métallurgiste à 14 ans, il perd l'auriculaire gauche dans un accident du travail. A 21 ans, il entre au syndicat des métallurgistes et en devient le président en 1975.

Il conduit les grandes grèves de la fin des années 1970, en pleine dictature militaire (1964-1985).

Lula se présente pour la première fois à l'élection présidentielle en 1989 et échoue de peu. Après deux nouveaux échecs, en 1994 et 1998, la quatrième tentative sera la bonne, en octobre 2002. Il est réélu en 2006.

'Le serpent est vivant'

"Je sais le nombre d'infamies et de préjugés que j'ai surmontés pour arriver où je suis. Maintenant, mon seul objectif est de montrer que je suis plus compétent que beaucoup de gens qui ont gouverné ce pays", disait Lula avant sa réélection en 2006.

Idéaliste mais pragmatique, il est passé maître dans l'art de tisser des alliances parfois contre-nature ou de se débarrasser d'amis devenus gênants.

En 2005, il a décapité toute la direction du Parti des travailleurs (PT), impliquée dans un scandale d'achat de votes.

En octobre 2011, il a souffert d'un cancer du larynx après son départ du pouvoir et dont il s'est rétabli. Sa tentative de retour aux affaires en tant que ministre de Dilma Rousseff en mars 2016 avait été un échec qu'il avait mal vécu.

Mais, toujours combatif, Lula avait l'an dernier déclaré aux juges voulant l'amener pour un interrogatoire forcé en forme d'humiliation, devant les caméras de télévision, "le serpent est vivant".

Lula a dû affronter une autre épreuve en février avec la mort de son épouse, Marisa Leticia Rocco, son premier soutien durant 40 ans de lutte, qui ne sera pas avec lui alors qu'il risque la disgrâce.

rs-cdo-lg-pt/mdr


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