Des cérémonies vaudou pour purger le Togo de son passé violent

Des cérémonies vaudou pour purger le Togo de son passé violent

Des adeptes du vaudou s'agenouillent devant les prêtres lors d'une cérémonie de purification qui a lieu au milieu de la place publique de Bè, un quartier populaire de Lomé, le 7 juillet 2017 © YANICK FOLLY [AFP]

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Torse nu et perles autour du cou, un vaudoussi, un adepte du vaudou, se tient debout au milieu de la place publique de Bè, un quartier populaire de Lomé où se déroule une cérémonie visant à purger le Togo de son passé violent.

Entouré d'une dizaine de grands prêtres traditionnels, l'homme prononce des incantations et verse sur le sol une boisson en offrande aux divinités.

Dans un grand silence, un bélier et un coq sont immolés.

"C'est fini, le sang humain ne doit plus couler sur la terre de nos aïeux à la fin de la cérémonie de purification du pays", lance cet initié.

Le gouvernement togolais a annoncé la semaine dernière que des "cérémonies de purification" menées par les quatre grandes religions du pays (catholique, évangélique, musulmane et vaudou) seraient organisées du 3 au 9 juillet. L'objectif: purger le pays de son passé violent et promouvoir la réconciliation.

En 2005 - au moment d'une élection présidentielle - le Togo a été secoué par une série de violences politiques.

Le gouvernement n'a jamais donné de bilan officiel des troubles qui ont entaché ce scrutin remporté par l'actuel chef de l'État Faure Gnassingbé.

Les estimations varient de 105 morts, selon une association proche du pouvoir, à 811 selon l'opposition. L'ONU a de son côté estimé qu'il y avait eu "entre 400 et 500 morts".

"Beaucoup de cérémonies ont eu lieu depuis dimanche dans les couvents entre initiés vaudou. Le pays est désormais purifié", confie une adepte d'Hébiosso, le dieu du tonnerre.

Ces cérémonies de "purification" devaient se poursuivre avec des prières vendredi dans les mosquées et dimanche dans les églises.

Un lieu symbolique

A Lomé, une centaine de grands prêtres vaudou et chefs traditionnels ont assisté aux rituels sur une place publique au bord de la lagune de Bè. Poitrine découverte, des prêtresses ont chanté et dansé avant d'asperger la foule d'eau bénite des couvents vaudou.

"Ce sont les oracles qui nous ont indiqué la berge pour les cérémonies. Et nous savons tous ce qui s'est passé dans cette lagune à une époque donnée", explique Togbui Gnagblondjro III, président de la confédération nationale des prêtres vaudou du Togo.

Le 11 avril 1991, au lendemain d'une manifestation de l'opposition, 28 corps avaient été repêchés dans cette lagune, dans une autre flambée de violence politique de l'histoire récente de cette ancienne colonie française.

Les opposants avaient accusé les militaires d'avoir «massacré» des manifestants la nuit, avant de jeter leurs corps dans cette lagune. Accusation rejetée par le pouvoir, pour qui ces corps avaient été retirés de la morgue pour être jetés dans la lagune.

"Les cérémonies se sont déroulées à côté de cette lagune pour apaiser les esprits des personnes et de tous les enfants de ce pays qui ont versé leur sang", explique Gnagblondjro, qui porte un pagne et un chapeau traditionnels.

"Chez nous en Afrique, il faut toujours des cérémonies de purification après des mortes violentes", ajoute le patron des vaudou.

"Après cette cérémonie, le sang humain ne doit plus couler. Les oracles demandent aux forces de l'ordre de ne plus tirer sur les gens. Ils invitent aussi la population à ne plus les provoquer", précise-t-il.

'Une supercherie'

Bien avant de faire appel à la religion, le Togo a mis en place une Commission vérité, justice et réconciliation, chargée de faire la lumière sur les violences politiques de 1958 - date à laquelle la France promet d'accorder l'indépendance - à 2005, et voir comment indemniser les victimes.

En 2011, la Commission a tenu une série d'audiences privées et à huis clos, qui lui ont permis d'identifier 22.415 victimes à indemniser.

Environ 2.475 le seront lors d'une première phase à hauteur de deux milliards de FCFA (3 millions d'euros), d'autres doivent l'être après les purifications, selon le gouvernement.

Aucun auteur présumé des violences n'a été poursuivi en justice depuis 2005 et, à plusieurs reprises le président Gnassingbe a été invité à mettre un terme à l'impunité.

Le recours au vaudou et aux autres cultes n'a pas convaincu tout le monde.

Francis Pedro Amuzu, membre du principal parti d'opposition, l'Alliance nationale pour le changement, a demandé à ses militants de rester loin des cérémonies.

"C'est de la supercherie, ajoute-t-il, les bourreaux doivent d'abord reconnaître qu'ils ont commis des crimes et demander au peuple pardon".

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