Cousin lointain de l'Amérique, Porto Rico se prononce sur son statut

Cousin lointain de l'Amérique, Porto Rico se prononce sur son statut

Des étudiants de l'université de Porto Rico manifestent à San Juan, à Porto Rico, le 24 mai 2017 © ELODIE CUZIN [AFP]

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"Qu'il est beau, le drapeau portoricain!" La chanson au rythme salsa s'échappant à plein volume d'un petit marchand de glaces devant le Capitole de San Juan en ferait presque oublier la bannière des Etats-Unis, qui flotte aussi devant ce majestueux bâtiment surplombant les eaux turquoises de l'île caribéenne.

Tiraillés entre citoyenneté américaine et fierté portoricaine, ses habitants sont appelés à se prononcer dimanche sur leurs relations complexes avec Washington. Proposant de choisir entre le statu quo, l'indépendance ou de devenir un Etat américain à part entière, ce référendum fait polémique et devrait être boycotté en bloc par l'opposition.

Peu importe la crise historique qui frappe l'île en faillite. Le gouvernement du jeune Ricardo Rossello, arrivé au pouvoir en janvier en promettant de faire de Porto Rico le 51e Etat américain, n'a pas voulu perdre de temps.

Ployant sous 74 milliards de dette, le territoire vient de déclencher le plus gros processus de faillite jamais lancé par une entité locale aux Etats-Unis. Pas forcément les meilleurs atouts pour convaincre Washington d'accueillir Porto Rico dans l'Union, avancent les critiques, qui dénoncent aussi le coût d'un référendum dont le résultat n'est pas contraignant pour les Etats-Unis.

Une vraie mascarade, assène-t-on chez les indépendantistes comme chez les partisans du statut actuel. Mais pour le jeune gouverneur Ricardo Rossello, la question a au contraire tout à voir avec la crise.

"C'est parce que Porto Rico est dans une relation inégalitaire avec le gouvernement fédéral" américain que ses finances ont été mises sous la tutelle d'une commission créée par le Congrès à Washington, argumente Christian Sobrino, principal conseiller économique du gouvernement.

Ancienne colonie espagnole récupérée par les Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, Porto Rico dispose depuis les années 1950 d'une plus grande autonomie sous le statut d'"Etat libre associé" à Washington.

"Ne pas disparaître"

Citoyens américains et souvent fiers de l'être, ses habitants peuvent entrer librement aux Etats-Unis et les deux économies sont étroitement liées. Mais les Portoricains n'ont pas le droit de voter à la présidentielle et élisent leur propre gouvernement. Porto Rico envoie bien un "commissaire permanent" au Congrès mais il n'a pas non plus le droit de voter et Washington garde la haute main sur la conduite des affaires du territoire.

Lors du dernier référendum en 2012, une majorité d'électeurs s'étaient dits mécontents du statut actuel. Mais rien n'a changé sous le précédent gouvernement (Parti populaire démocrate, PPD) et Ricardo Rossello (Nouveau parti progressiste, NPP) veut désormais transformer l'essai.

Le plébiscite ne galvanise pourtant pas les foules à San Juan, la capitale. Seules quelques affichettes en faveur du rattachement aux Etats-Unis étaient accrochées avant ce cinquième référendum organisé sur la question depuis les années 1950.

Passant aux pieds de bâtiments administratifs écrasés par le soleil, Deborah Marquez affirme vouloir voter en faveur d'un 51e Etat, pour pouvoir notamment choisir le président américain. Donald Trump n'aurait pas eu ses faveurs, confie-t-elle, et pourtant ses lois et mesures budgétaires, dans la santé et les programmes d'aides à l'alimentation, vont frapper de plein fouet l'île touchée par une pauvreté endémique.

"Nous devons avoir droit aux mêmes options que les habitants des Etats américains", explique cette diplômée en marketing sans emploi de 37 ans.

Elle qui a vécu un an au Texas parle bien anglais, mais elle est dans la minorité. Dans la rue, l'espagnol domine autant que le drapeau américain se fait rare.

Partageant ses mêmes couleurs - bleu, blanc, rouge - mais avec de plus grosses rayures et une seule étoile, l'emblème portoricain est au contraire omniprésent, brandi dans les manifestations d'étudiants, peint sur les murs ou décorant les cigares vendus aux touristes.

"Nous sommes une colonie", s'indigne Dafne Elvira, artiste de 52 ans sortie en fin de journée de canicule prendre l'air sur la place de la mairie, dans un vieux San Juan aux airs de ville méditerranéenne. Avec la crise, cette relation inégale s'est faite encore plus "humiliante", assène-t-elle. Mais elle boycottera le scrutin du 11 juin, "un cirque" qui ne mène à rien.

Ancien maire de San Juan (PPD, 1989-1996) et partisan du statut actuel avec quelques aménagements, Hector Luis Acevedo non plus ne participera pas.

"Ici on enseigne en espagnol, ici nos poètes composent en espagnol, tout en restant loyaux aux Etats-Unis et avec le plus grand respect", assure l'ex-politicien devenu professeur universitaire. Il a fait son service militaire sous la bannière étoilée et son père a combattu pour les Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, "mais notre peuple ne veut pas disparaître".

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