En Ukraine, une deuxième vie pour des ours maltraités

En Ukraine, une deuxième vie pour des ours maltraités

Un ours brun profite de sa nouvelle vie après des années de mauvais traitements, près de Jytomyr dans le nord-ouest de l'Ukraine, le 24 mars 2017 © Sergei SUPINSKY [AFP]

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Poisson frais, soins dentaires, enclos à l'air libre: pour les ours bruns exploités jusque-là dans des cirques ou des restaurants d'Ukraine et sauvés par des bénévoles, la vie a radicalement changé.

A Jytomyr, dans le nord-ouest de l'Ukraine, le refuge Quatre Pattes est devenu l'une des principales attractions depuis son ouverture en 2012.

Venue avec ses camarades de classe, Miroslava, 10 ans, observe avec attention une ourse appelée Macha, couverte de cicatrices, sauvée d'un centre d'entraînement de chiens de chasse auxquels elle servait de proie.

Macha a été découverte "dans un état terrible, les poils de sa nuque avaient été arrachés par son collier, sa queue était toute tordue, son nez était couvert d'égratignures", raconte à l'AFP Oleksandr Leonov, le responsable du refuge.

"Cela ne me plaît pas qu'elle ait été gravement battue et qu'elle ait des cicatrices", confie Miroslava. "Cela me rend triste pour elle".

La petite fille a déjà vu des ours dans des zoos de Kiev "mais ils étaient beaucoup plus tristes qu'ici", raconte-t-elle. "Ici, ils sont heureux."

Une ourse aveugle

A l'origine, le refuge ne devait accueillir qu'une seule ourse, Nastia. Enlevée à sa mère alors qu'elle n'avait que trois mois, l'oursonne avait été vendue à un zoo privé. Au bout de deux mois, des bénévoles ont retrouvé sa trace et l'ont ramenée à sa mère, qui l'a rejetée.

Ils ont alors créé ce refuge pour pouvoir l'héberger. Après avoir été un temps seule, elle doit désormais partager son enclos avec quatre autres ours, dont Macha.

Le plus âgé d'entre eux, l'ourse Olia, est aveugle. "On lui a certainement ôté la vue volontairement", suppose M. Leonov. "Et ses dents étaient dans un très mauvais état. L'année dernière, des dentistes sont venus pour les soigner et tout va beaucoup mieux maintenant".

Les volontaires, qui se fient au bouche-à-oreille pour retrouver la piste d'ours maltraités, travaillent en coopération avec des vétérinaires en provenance d'Autriche et d'Allemagne.

Ensemble, ils examinent l'animal maltraité et procèdent aux vaccinations nécessaires. L'animal est ensuite relâché dans le vaste enclos de Quatre Pattes et commence sa nouvelle vie.

945 euros pour un ours

Depuis qu'une loi, votée en 2015, interdit d'entraîner des chiens de chasse avec un ours pour proie, le travail des bénévoles de Quatre Pattes est devenu beaucoup plus facile, assurent-ils.

Mais la maltraitance de ces plantigrades n'a pas pour autant cessé en Ukraine, signale Taras Boïko, responsable du département "Animaux Sauvages" à Quatre Pattes.

"C'est considéré comme à la mode d'avoir un ours à la maison ou dans un restaurant, ou bien de gagner de l'argent en amusant les gens avec un ours enchaîné", regrette-t-il. "C'est complexe et enraciné dans la mentalité de notre peuple".

Si la plupart des ours maltraités sont nés en captivité, il existe aussi un marché noir où se vendent ours et oursons, affirme Marina Chkviria, l'une des principales spécialistes ukrainiennes des ours, qui aide Quatre Pattes.

Sur ce marché, "les prix vont de 1.000 dollars (945 euros) jusqu'à plusieurs milliers de dollars pour un ourson", explique-t-elle.

Certains ont été capturés dans les montagnes des Carpates en Ukraine, d'autres ont été acheminés clandestinement de Russie, où la chasse aux ours, légale, laisse beaucoup d'oursons orphelins.

"Ces oursons sont ensuite vendus pour devenir des cadeaux, des jouets vivants, ou une proie pour entraîner les chiens de chasse", raconte Mme Chkviria.

Quatre Pattes devrait ouvrir en septembre un nouveau refuge pour ours dans la région de Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine, près des Carpates, leur environnement d'origine.

Mais les bénévoles ne prévoient pas pour autant de relâcher les animaux qu'ils ont sauvés : les ours, dont le comportement a été modifié par des années de mauvais traitements, pourraient ne pas réussir à cohabiter avec leurs congénères restés libres.

"Notre projet, c'est de donner à ces ours l'occasion de passer le reste de leur vie dans des conditions normales", explique Mme Chkviria.

"Et de montrer aux gens les conséquences de la maltraitance animale", conclut-elle.

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