Dans un Venezuela en crise, la faim pousse à fouiller les poubelles

Dans un Venezuela en crise, la faim pousse à fouiller les poubelles

Des vénézuéliens cherchent de quoi se nourrir dans les poubelles de Caracas au Venezuela, le 22 février 2017 © Federico PARRA [AFP/Archives]

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"Nous sommes des milliers à vivre des ordures", avoue José, 53 ans, venu avec ses filles chercher de quoi se nourrir dans les poubelles de Caracas, ultime recours pour ceux qui ont faim au Venezuela.

Maçon au chômage, José Godoy lèche avec angoisse les restes d'une assiette jetable. A ses côtés, ses filles de six et neuf ans boivent un jus de fruits lui aussi sorti d'une benne. Elles sont anémiées, ne mangeant souvent qu'une banane plantain de la journée.

"Une nuit nous nous sommes couchés sans manger. Je ne souhaite ça à personne. Les enfants pleuraient en disant +J'ai faim+. J'ai vendu mes outils, tout, et pour finir je suis sorti dans la rue", raconte José.

A 18 ans, Rebeca Leon en est réduite à faire de même : lycéenne et maman d'un enfant de deux ans, elle s'occupe aussi de sa mère handicapée, dans la favela de Petare où elle habite.

Depuis six mois, elle fouille les poubelles des quartiers cossus de la capitale avant l'arrivée du camion chargé de les emmener. Ce jour-là, elle trouve des restes de pâtes.

"Ma maman ne voulait pas que je le fasse, mais que peut-on faire, le pays va tellement mal. Elle allait mourir de faim, on voyait ses os. Mon fils était sous-alimenté", témoigne-t-elle à l'AFP.

Chaque jour, dès la sortie des cours, elle se rue en quête de nourriture dans les bennes ou parmi les restes des restaurants. Avec un peu de chance elle récupère du poulet, du pain, du poisson ou du fromage.

Puis elle dort dans la rue, retournant chez elle au matin pour laver ce qu'elle a ramené et se reposer avant de repartir au lycée.

Cette brune aux yeux pétillants a surmonté la honte pour chercher à manger, alors que le Venezuela est plongé dans une profonde crise économique, avec une pénurie frappant 68% des produits basiques et une inflation incontrôlable (1.660% fin 2017, prédit le FMI).

Au début, "je pleurais car je me sentais humiliée" mais "je m'en fiche, parce que si on ne travaille pas ou si ne fouille pas les ordures, on ne mange pas".

S'évanouir de faim

Avec Rebeca, un groupe d'environ 70 personnes - dont beaucoup d'enfants - se sont répartis le contrôle des restes des restaurants, attendant avec angoisse le passage des camions-poubelles.

Dans le pays, 9,6 millions de Vénézuéliens - presque un tiers de la population - ne mangent qu'un ou deux repas maximum par jour. La pauvreté touchait 81,8% des foyers en 2016, près de neuf points de plus qu'en 2015, selon l'Enquête sur les conditions de vie réalisée par un groupe d'universités. Et 51,51% sont considérés en situation de pauvreté extrême.

L'étude montre que 93,3% des familles n'ont pas assez pour acheter toute la nourriture qu'il leur faut. Résultat : sept personnes sur dix ont perdu en moyenne 8,7 kilos l'an dernier.

"Moi j'étais gros, maintenant regardez-moi : tout maigre. Celle-ci j'ai dû la retirer de l'école parce que je ne pouvais pas lui donner un repas à emporter avec elle", dit José Godoy en montrant l'une de ses filles qui, d'une voix timide, confie qu'elle n'a pas mangé de viande depuis longtemps.

Selon la nutritionniste Maritza Landaeta, coauteur de l'étude, 10% des personnes en pauvreté extrême (1,5 million) mangent ce que leur donnent des proches ou des restes provenant des poubelles ou des restaurants, risquant ainsi d'attraper des maladies.

Le président socialiste Nicolas Maduro assure lui qu'en 2016, la pauvreté dans ce pays aux plus importantes réserves pétrolières de la planète a reculé de 19,7 à 18,3%.

Il accuse l'opposition et les milieux d'affaires d'organiser les pénuries pour le déstabiliser, rappelant avoir mis en place un système de sacs d'aliments, vendus à prix bas aux plus nécessiteux.

Dans sa modeste maison où un frigo cassé protège les rares aliments des rats, Rebeca affirme n'avoir reçu que deux de ces sacs. Alors, après ses cours au lycée, où certains de ses camarades "s'évanouissent de faim", elle n'aura pas d'autre choix que de faire encore une fois le tour des poubelles.

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