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Emma Morano, la dernière survivante du 19e siècle à Verbania, dans le nord de l'Italie, le 14 mai 2016 - OLIVIER MORIN [AFP/Archives]

Le 29 novembre 2016 à 17:11

"Ca va ma coiffure ?" A 117 ans, Emma Morano, dernière survivante connue du XIXe siècle, s'est encore montrée coquette avant de souffler ses bougies mardi dans son petit appartement dans le nord de l'Italie.

La doyenne de l'humanité ne voit presque plus, entend très mal, ne se lève plus depuis un an et n'est pas sortie de chez elle depuis plus de 20 ans. Mais selon son médecin Carlo Bava, elle reste très alerte.

"Elle était très lucide, très présente", et ravie d'avoir reçu un télégramme de félicitations du président italien Sergio Mattarella, a-t-il déclaré par téléphone à l'AFP.

Née le 29 novembre 1899, elle a vu défiler onze papes, trois rois d'Italie et douze présidents de la République, même si elle est encore loin du record de 122 ans de la Française Jeanne Calment.

"La femme qui a vu trois siècles", selon la biographie romancée écrite par le Napolitain Renè Papas et présentée mardi à Verbania, a perdu son premier amour pendant la Première guerre mondiale, s'est séparée d'un mari violent juste avant la Seconde et a travaillé jusqu'à l'âge de 75 ans dans une fabrique de sacs en toile de jute.

Surtout, elle a suivi un singulier régime pendant plus d'un siècle, sur les conseils d'un médecin ayant détecté une anémie quand elle avait 20 ans: trois oeufs par jour, deux crus et un cuit, et très peu de fruits ou de légumes.

Elle a longtemps mangé aussi un peu de poulet le soir, avant d'abandonner la viande il y a quelques années "parce qu'elle n'aime plus et surtout parce que quelqu'un lui a dit que cela donnait le cancer", selon son médecin.

'Son secret est génétique'

Elle raffole désormais de biscuits, mais il n'est pas certain qu'elle ait touché aux gâteaux d'anniversaire qui lui ont été offerts. "La dernière fois, j'en ai mangé un peu mais après je ne me suis pas sentie bien", avait-elle expliqué en recevant l'AFP fin octobre.

Mardi, elle a reçu la visite de quelques proches ainsi que de quelques journalistes et de la maire de Verbania, Silvia Marchionini.

"Elle a reçu des fleurs. Elle s'était bien habillée et elle était très fière. Elle a posé pour un photographe en demandant: +Ca va ma coiffure ?+. Donc je pense qu'on peut dire qu'elle est en forme", a raconté le docteur Bava.

Selon lui, le régime de sa patiente n'a pas eu d'impact sur sa longévité: "Je pense qu'il aurait détruit le foie de la plupart des gens. Mais avec Emma, je pense qu'elle aurait pu manger du gravier et pourtant vivre très longtemps".

De même, les poussières de l'usine de toile de jute qu'elle a respirées pendant des décennies auraient dû lui ravager les poumons.

"Je pense que son secret est génétique. Toute sa famille a vécu très longtemps", a-t-il noté, en évoquant aussi le caractère bien trempé de sa patiente.

Très indépendante, elle est restée autonome jusqu'à 115 ans et n'a jamais accepté de mettre les pieds dans un hôpital, ne serait-ce que pour une petite opération de la cataracte.

Emma Morano elle-même a attribué sa longévité à sa décision de quitter son mari violent, juste après la mort de leur unique fils à l'âge de quelques mois. C'était en 1938, plus de 30 ans avant la légalisation du divorce en Italie.

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