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Une femme tient un portrait de Fidel Castro, en hommage au père de la Révlution cubaine au lendemain de sa mort, le 26 novembre 2016 à La Havane - Yamil LAGE [AFP]

Le 27 novembre 2016 à 04:56

Passée la commotion de l'annonce du décès de Fidel Castro, les Cubains se préparaient dimanche à observer une semaine de deuil ponctuée de plusieurs cérémonies d'hommage et d'une procession de quatre jours pour honorer le père de la Révolution cubaine.

Point culminant de ces célébrations, les funérailles du "Comandante", personnage unique qui a forgé l'identité de l'île caribéenne et l'a fait entrer dans les livres d'histoire, se tiendront le dimanche 4 décembre à Santiago de Cuba, dans l'est, berceau de la Révolution.

Auparavant, le transfert des cendres de Fidel Castro de La Havane à Santiago - distantes de quelque 900 kilomètres - lors d'une procession de mercredi à samedi devrait constituer un autre moment fort avec la probable mobilisation de millions de Cubains.

"C'est un grand leader, on aurait dû décréter 30 jours de deuil, vraiment", s'emportait le boucher Andy Lores dans le quartier populaire du Cerro, dans le sud de La Havane.

La journée de dimanche s'annonce plutôt calme sur l'île, aucune manifestation officielle n'étant prévue. La première cérémonie de recueillement a été programmée pour lundi sur l'emblématique Place de la révolution, épicentre de l'exécutif cubain, dont les accès sont barrés par la police depuis samedi.

Partout à Cuba, l'annonce de la mort du "Lider Maximo" à l'âge de 90 ans a été accompagnée par un épais silence, notamment à La Havane, d'ordinaire agitée par le tumulte de la musique omniprésente et des moteurs pétaradants de véhicules hors d'âge.

De petits groupes se formaient discrètement ça et là dans les rues, notamment aux abords des universités. A La Havane, quelques centaines d'étudiants se sont notamment recueillis samedi soir lors d'une veillée nocturne devant la Faculté où le Comandante avait fait ses premières armes en politique à la fin des années 1940.

Deuil national oblige, rassemblements et spectacles ont été annulés. Les matches de baseball ont été suspendus et la vente d'alcool interdite, alors que la plupart les restaurants ont réduit leurs heures d'ouverture. Une présence policière était visible tout en demeurant discrète dans la capitale.

Les médias nationaux programmaient quand à eux reportages, documentaires et débats à la gloire du "camarade Fidel". La veille, le quotidien Granma avait marqué l'événement avec une édition dépourvue de sa traditionnelle encre rouge, comme ce fut le cas lors des décès du guérillero argentin Ernesto "Che" Guevara, proche de Fidel Castro, ou du président vénézuélien Hugo Chavez.

La crémation tenue secrète

Parmi les 11,2 millions d'habitants de l'île, beaucoup ne dissimulaient pas leur peine face à la perte de ce géant du XXe siècle, qui a su tenir tête pendant près d'un demi-siècle à la superpuissance américaine. Et il n'était pas rare de croiser des regards rougis dans les rues de La Havane.

Car même s'il a maintenu une main de fer impitoyable pour faire taire toute opposition, emprisonnée ou exilée, et que la ferveur révolutionnaire a aujourd'hui tendance à s'estomper, l'ex-président retiré du pouvoir depuis 10 ans demeurait très respecté et admiré sur l'île.

"J'aurais souhaité qu'il vive 30 ans de plus, mais bon, personne ne peut battre le destin", a notamment confié à l'AFP Guillermo Suarez, un maçon de La Havane âgé de 52 ans.

Porteur de la nouvelle dans la nuit de vendredi à samedi, le président Raul Castro n'a pas révélé les causes du décès, mais a précisé que le corps de son frère aîné serait incinéré samedi matin. Mais depuis aucune source officielle n'est venue confirmer la crémation.

Le "Lider Maximo" avait cédé le pouvoir à son frère Raul en 2006 après une hémorragie intestinale. Entre février 2014 et avril 2015, il avait totalement disparu des écrans cubains, ce qui nourrissait de nombreuses rumeurs sur son état de santé. Mais depuis un an et demi, même si ses déplacements restaient limités, il avait recommencé à recevoir chez lui personnalités et dignitaires étrangers.

A l'ombre de son frère, Raul Castro a engagé depuis 10 ans un lent processus de réformes économiques destinées à sauver Cuba de la faillite avec une ouverture accrue à l'initiative privée et à l'investissement étranger.

"Le socialisme a survécu à la longue maladie de Fidel Castro et il continuera certainement après sa mort", juge Jorge Duany, directeur de l'institut de recherche cubaine à l'université internationale de Floride.

Toutefois, l'expert estime que ce décès "accélérera probablement les réformes économiques". Mais "il faudra sûrement attendre le retrait de la présidence de Raul, annoncé pour 2018, pour évaluer plus clairement s'il y aura des changements substantiels à la tête" de l'Etat, ajoute-t-il.

'Dictateur' ou 'figure historique' ?

L'annonce de la mort de cette figure centrale de la Guerre froide a déclenché une pluie de réactions à travers le monde.

Le président élu des Etats-Unis Donald Trump a dénoncé un "dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple", promettant de "tout" faire pour contribuer à la liberté du peuple cubain, et confirmant à demi-mot ses réserves sur le rapprochement engagé depuis fin 2014 entre les Etats-Unis et Cuba.

"L'Histoire jugera l'impact énorme" de Fidel Castro, a auparavant déclaré le président américain Barack Obama, ajoutant: "Nous avons travaillé dur" pour tourner la page de la "discorde".

Le président russe Vladimir Poutine a quand à lui salué un "homme d'Etat émérite" et "un ami sincère et fiable de la Russie", tandis que le roi d'Espagne rendait hommage à une "figure d'une indiscutable importance historique".

Grand contempteur de la superpuissance américaine et icône planétaire de la gauche, Fidel Castro était un symbole de la lutte contre l'"impérialisme" américain.

Communiste converti après sa prise du pouvoir en 1959, Fidel Castro a défié 11 présidents américains. Il a survécu à maints complots pour l'assassiner (638 selon le Livre Guinness des records), à une tentative ratée de débarquement d'exilés cubains soutenus par la CIA dans la baie des Cochons (sud de l'île) en avril 1961, ainsi qu'à la crise des missiles soviétiques qui faillit dégénérer en conflit nucléaire l'année suivante.

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