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Dans le métro de Mexico, on oublie même des urnes funéraires

Dans le métro de Mexico, on oublie même des urnes funéraires

Un passeport américain rempli de tampons de nombreux pays et une photo de mariage en format géant, sont présentés par Donovan Alvarado qui dirige le bureau des objets trouvés, le 3 septembre 2016 à Mexico

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Les voyageurs étourdis du métro de Mexico oublient derrière eux des vélos, des chaussures, des téléphones, mais dans le bureau des objets trouvés où oeuvre Donovan Alvarado, ce qui surprend le plus, c'est la présence de deux urnes funéraires.

Au bout d'un couloir gris de la station Candelaria, dans le centre de la capitale mexicaine, Donovan dirige le service chargé de collecter les affaires oubliées ou perdues dans les wagons ou dans l'une des 195 stations du réseau, qui accueille quotidiennement 5,5 millions de voyageurs.

Chaque année, 2.000 objets finissent dans ce bureau mal éclairé où s'accumulent badges d'identification, sacs à dos, vélos, habits, poussettes... et un nombre incalculable de chaussures.

Ni l'ambiance lugubre, ni les téléphones des années 1980 qu'il utilise avec ses deux employés ne déprime Donovan dans sa quête effrénée des propriétaires étourdis. Il est entré dans ce service il y a six ans et le dirige depuis plus d'un an.

"La satisfaction que cela nous apporte de pouvoir rendre un objet à son propriétaire, cela n'a pas de prix, la reconnaissance des gens qui viennent avec des larmes dans les yeux (...) cela n'a vraiment pas de prix", explique-t-il d'un air solennel. "C'est un travail tellement noble", assure-t-il.

Portant une chemise blanche impeccable, une cravate orange vif et une veste bleu marine avec le logo orange du métro, cet homme grand et athlétique de 40 ans garde les objets les plus importants tout en haut d'une étagère métallique: deux urnes funéraires, retrouvées dans des wagons en décembre et janvier.

La loi mexicaine prévoit qu'on ne conserve pas plus de six mois les objets trouvés, mais pour ces urnes, Donovan entend se donner le temps qu'il faudra.

- Efforts tous azimuts -

La première urne, d'un bois sombre et verni, porte une petite plaque au nom de Rebeca Menes Perez, une petite fille née le 14 septembre 2010 et décédée trois ans et demi plus tard, le 8 mars 2014. La boîte est décorée de deux autocollants en forme de coeurs, rouges avec des points blancs, collés des deux côtés d'un ange métallique aux ailes grandes ouvertes.

Plus grande, l'autre urne montre une plaque au nom de Gustavo Guerra Orduna, un jeune homme né en 1973 et décédé en 2000.

Derrière ces deux objets, Donovan a placé une image de Jésus Christ "pour que leurs âmes reposent en paix". Deux autres urnes sont sur l'étagère, vides: "elles n'ont jamais servi pour garder des cendres", pense-t-il.

Cet ancien journaliste et chargé de communication pour les autorités de la ville de Mexico n'a pas ménagé ses efforts pour essayer de remonter la piste de Rebeca et Gustavo, aidé de ses deux employés, de Facebook et des vieux annuaires téléphoniques... En vain.

Il s'est même adressé aux services de l'état-civil pour avoir plus d'informations, mais s'est heurté au refus de l'administration, au nom des lois protégeant la vie privée.

Désormais, il veut croire que les familles des deux défunts se manifesteront un jour spontanément.

En attendant, Donovan a une autre mission: retrouver un voyageur ayant oublié un passeport américain rempli de tampons de nombreux pays et un couple ayant laissé une photo de mariage en format géant...

- 'Je n'abandonnerai pas' -

La quête est difficile. Mais parfois, elle porte ses fruits, se souvient avec émotion l'employé du métro.

Un jour, un homme avait oublié un rapport médical montrant qu'il avait une tumeur au cerveau et devait se faire opérer de toute urgence.

"C'était une ordonnance d'hospitalisation! Donc je me suis mis à le chercher. L'homme vivait en Basse Californie du nord (nord-ouest du Mexique) et après plusieurs coups de téléphone, j'ai trouvé un de ses proches, qui l'a prévenu que son rapport médical était là", raconte Donovan. "L'homme est venu et, les larmes aux yeux, m'a béni 1.000 fois".

Réconforté par une telle victoire, Donovan garde espoir pour "ses" urnes funéraires, qu'il gardera "aussi longtemps que nécessaire"."J'aimerais les rendre à leurs familles. Je n'abandonnerai pas", dit-il.

En se fondant sur les dates des plaques, il pense que les propriétaires emmenaient sans doute les urnes d'un columbarium à une maison. Ils les ont oubliées dans le wagon, peut-être submergés "par la douleur" d'avoir avec eux les cendres de leurs êtres chers, imagine Donovan.

Chaque jour, durant les 90 minutes de trajet en métro entre sa maison et son travail, il regarde "méticuleusement" autour de lui, histoire d'être sûr que "personne n'oublie rien". "Car on ne sait jamais ce qu'on peut oublier".


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