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En Egypte, le rêve brisé de migrants rescapés d'un naufrage Actu

Des survivants du naufrage d'un bateau de migrants sont hospitalisés, le 21 septembre 2016 à Rosette, dans le nord de l'Egypte
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En Egypte, le rêve brisé de migrants rescapés d'un naufrage

15h20 - 22 septembre 2016 - par AFP

"Il n'y a que moi qui ait survécu, et j'aurais préféré mourir avec eux". Mohamed a vu sa femme et son fils couler lors du naufrage au large de l'Egypte d'un bateau de migrants, qui rêvaient d'une vie meilleure en Europe.

Comme des centaines de milliers de personnes fuyant la pauvreté ou la guerre en 2016, Mohamed Metwali a voulu, à n'importe quel prix, tenter la traversée de la Méditerranée.

Cet Egyptien de 27 ans et sa famille se trouvaient à bord du bateau de pêche qui a fait naufrage mercredi à 12 kilomètres au large de Rosette, sur la côte nord de l'Egypte.

Résultat: ses proches sont morts et lui est hospitalisé à Rosette, où des menottes l'attachent à son lit car il a été placé en rétention.

Son embarcation de fortune, à destination de l'Italie, transportait jusqu'à 450 migrants, selon les témoignages de plusieurs rescapés.

Si 163 personnes ont survécu au drame, au moins 42 sont mortes et des dizaines sont toujours portées disparues.

"J'ai risqué ma vie, celle de ma femme et mon fils pour leur offrir une vie meilleure", ajoute M. Metwali, luttant pour retenir ses larmes.

Il s'était engagé auprès des passeurs à payer 5.000 euros, une fois arrivé en Italie. Là-bas, il était prêt à "travailler dans n'importe quoi".

Allongé près de M. Metwali, Badr Abdel Hafez pleure en silence.

"Nous étions environ 400. J'étais avec ma femme et mes trois enfants. Ils sont tous morts", lâche dans un souffle le jeune homme de 28 ans.

- 'J'ai vu la mort' -

Devant l'hôpital et le poste de police de Rosette, des familles se sont pressées jusqu'à tard mercredi soir dans l'espoir d'obtenir des informations sur un proche porté disparu.

"Grâce à Dieu, son nom n'est pas ici", lance un homme croisé à l'extérieur de la morgue.

Et au commissariat, plus de 150 rescapés, de jeunes hommes pour la plupart, étaient placés en rétention: en majorité des Egyptiens, mais aussi des Soudanais, des Somaliens et des Syriens. Dans les couloirs où ils ont été installés, des policiers leurs distribuent de l'eau et des vêtements.

"Tout est devenu plus cher ici. Je ne pouvais pas économiser pour me marier. Je voulais partir en Italie pour me faire de l'argent", confie Mohamed Ahmed, étudiant de 17 ans, l'air épuisé et le visage rougi, qui a déboursé 2.000 euros pour pouvoir entreprendre la traversée.

Selon lui, une centaine de personnes se trouvaient dans la chambre froide du bateau. "Seul moi et mon ami avons réussi à en sortir", dit-il.

Allongée près de lui sur le sol, Soumaya, d'origine soudanaise, a payé 2.000 dollars pour rejoindre son mari en Europe.

"Il y avait beaucoup de gens dans la chambre froide. Le bateau a chaviré, et ils se sont retrouvés coincés. Au moins 100 personnes", se souvient la jeune femme de 34 ans.

"Je ne le referai plus jamais. J'ai vu la mort de mes propres yeux", jure-t-elle.

Plus de 300.000 migrants et réfugiés ont traversé depuis le début de cette année la Méditerranée pour se rendre en Europe, principalement en Italie, selon le HCR. Et plus de 10.000 migrants ont perdu la vie en Méditerranée depuis 2014, dont au moins 3.200 depuis le début de 2016, d'après la même source.

Tôt jeudi matin, sur une plage au nord de Rosette, à l'embouchure du Nil, des dizaines de personnes étaient rassemblées, certains lisant le Coran, dans l'attente d'informations concernant leurs proches disparus, selon un journaliste de l'AFP.

Mais les heures passant, la tension est rapidement montée, dirigée contre l'armée, mais aussi les journalistes. "Allez vous-en, ni l'armée, ni vous, ne faites quoi que ce soit", lance un proche d'un disparu.

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