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Venezuela: casseroles à la main, l'opposition exige un référendum Actu

Venezuela: le processus du référendum révocatoire
© AFP/Archives

Venezuela: casseroles à la main, l'opposition exige un référendum

21h30 - 16 septembre 2016 - par AFP

Frappant sur des casseroles, l'opposition au Venezuela manifestait vendredi pour réclamer au plus vite un référendum afin de révoquer le président socialiste Nicolas Maduro, après la frustration d'un deuxième report de l'annonce d'un calendrier vers cette consultation.

A la mi-journée, le rassemblement restait limité - environ 500 personnes - mais bruyant, les manifestants venant de différents quartiers de Caracas pour se regrouper sur l'avenue Libertador, dans le centre, tandis que le gouvernement mobilisait quelques centaines de partisans à un autre endroit de la capitale.

"Plus ils retardent (le processus), plus on enrage", a confié à l'AFP un manifestant anti-Maduro, Robert Sanchez, tout en tapant avec une cuillère sur une casserole. "Malheureusement, nous n'avons pas d'autre pouvoir que celui de manifester", a ajouté ce responsable administratif de 41 ans.

Le défilé est une réponse à "l'offense" que constitue le "silence" du Conseil national électoral (CNE), a expliqué à l'AFP le porte-parole de la Table pour l'unité démocratique (MUD, centre droit), majoritaire au Parlement.

"Les dirigeants du CNE ne peuvent bafouer le sentiment d'urgence qu'a le peuple. Cela menace de plus en plus la capacité à gouverner le pays", a-t-il dit.

La manifestation survient au lendemain d'un nouveau revers pour l'opposition, qui attendait de connaître du CNE les dates exactes auxquelles elle devra réunir quatre millions de signatures (20% de l'électorat) en trois jours, ultime étape avant de pouvoir convoquer le référendum.

L'organisme, accusé par le camp anti-Maduro de retarder le processus pour le protéger, a reporté jeudi soir, pour la deuxième fois, sa décision, invoquant les menaces pesant sur ses fonctionnaires avec cette manifestation.

Le travail reprendra lundi, a indiqué le CNE, sans s'engager à annoncer alors un calendrier vers le référendum, unique moyen selon l'opposition de trouver une issue pacifique à la violente crise économique et sociale qui secoue le pays.

Le temps presse pour la MUD : si le référendum a lieu d'ici le 10 janvier 2017 et est couronné de succès, il provoquera des élections anticipées.

S'il est organisé plus tard, une éventuelle révocation de Nicolas Maduro n'entraînerait que son remplacement par son vice-président, du même parti, jusqu'à la fin de son mandat en 2019.

- Risque d'explosion sociale -

Le CNE a déjà indiqué que la collecte des quatre millions de signatures aurait lieu fin octobre. Ensuite, il aura un mois pour les vérifier, puis jusqu'à trois pour convoquer le référendum.

Il peut choisir d'allonger les délais au maximum et d'organiser la consultation en février ou mars 2017.

Jeudi, le vice-président du Venezuela, Aristobulo Isturiz, a d'ailleurs voulu doucher les espoirs du camp anti-Maduro en clamant : "Cette année il n'y aura pas de référendum, (les opposants) n'ont pas le temps".

Mais les analystes préviennent du risque d'explosion sociale alors que le pays a sombré économiquement et que la population est lassée après 17 ans de chavisme (du nom du défunt président Hugo Chavez, 1999-2013).

Si le CNE "annonce un calendrier qui reporte le référendum à 2017, il provoquera une situation terrible dans la rue. Les gens sont très inquiets, angoissés", explique à l'AFP Milagros Betancourt, experte en relations internationales.

Selon l'institut Datanalisis, 80% des Vénézuéliens exigent un changement de gouvernement dans ce pays pétrolier dont l'économie s'est effondrée avec la chute des cours du brut.

Chaque jour, les habitants patientent des heures devant les magasins et les pharmacies, se désespérant face à une pénurie touchant huit produits de première nécessité sur dix.

L'inflation, devenue incontrôlable, devrait exploser à 720% cette année selon le Fonds monétaire international (FMI).

Le gouvernement de M. Maduro, au pouvoir depuis 2013, dénonce une "guerre économique" menée par la droite et les milieux d'affaires, qui selon lui aggravent les pénuries pour faciliter un coup d'Etat à son encontre.

Pour apaiser le mécontentement populaire, il a lancé avec l'armée un plan de ravitaillement, confié à 18 généraux, un par catégorie de produits : le riz, les haricots, le papier toilette...

Et pour chercher un soutien international, il accueille samedi et dimanche, sur l'île de Margarita (nord), le 17e sommet du Mouvement des Non-Alignés. Mais ce rendez-vous diplomatique ne devrait pas réussir à masquer son isolement, renforcé par la récente décision du Mercosur, le marché commun sud-américain, de le priver de présidence tournante.

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