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Déradicalisation: le centre de Pontourny attend ses premiers jeunes Actu

Des riverains manifestent contre l'ouverture du centre de réinsertion de Pontourny, à Beaumont-en-Véron le 13 septembre 2016
© AFP/Archives

Déradicalisation: le centre de Pontourny attend ses premiers jeunes

19h42 - 13 septembre 2016 - par AFP

L'équipement est encore rudimentaire, les chambres ne sont pas toutes terminées. Mais d'ici la fin du mois, une demi-douzaine de jeunes en voie de radicalisation islamiste étrenneront à Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire) le premier centre de "prévention, d'insertion et de citoyenneté" (CPIC).

Autrefois Centre éducatif et de formation professionnelle pour des mineurs isolés étrangers, le château de Pontourny, près de Chinon, est perdu en pleine campagne.

Mardi, il était pourtant investi par une nuée d'officiels pour une présentation aux journalistes qui, une fois les premiers pensionnaires arrivés, devront s'abstenir de toute tentative de contact avec le centre afin de ne pas "compromettre la réussite de ce projet expérimental".

"Ici seront accueillis durant une période maximum de dix mois des jeunes âgés de 18 à 30 ans en voie de radicalisation et qui veulent s'en sortir", explique le préfet d'Indre-et-Loire Louis Lefranc, en insistant sur le caractère "volontaire" de la démarche des futurs pensionnaires.

La structure d'une trentaine de salariés, renforcés par des intervenants extérieurs, accueillera début 2017 un maximum de 25 jeunes adultes "en rupture avec leur amis, leur famille, leur pays, leurs voisins. Aucun ne sera sous main de justice pour faits de terrorisme, n'aura tenté d'aller en Syrie ou n'aura été condamné pour des faits de violence", assure le préfet. Pontourny sera ainsi le prototype des "centres de réinsertion et de citoyenneté" qui doivent voir le jour dans chaque région.

"Il s'agit d'une démarche inédite, complémentaire d'une prise en charge qui existe déjà", ajoute Muriel Domenach, secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR), selon laquelle "actuellement, 2.375 personnes sont suivies en milieu ouvert" pour radicalisation.

- Lever 6H45 -

A Pontourny, les premiers bénéficiaires du programme "réinsertion et citoyenneté" seront logés dans des chambres claires et spacieuses aménagées dans les communs du château et ressemblant à s'y méprendre à celles de résidences pour étudiants. Des barreaux aux fenêtres doivent toutefois prévenir d'éventuelles tentatives de défenestration, selon le chef du service pédagogique Olivier Martineau. Les résidents disposeront du parc planté d'arbres centenaires, de salles de réunion, d'un foyer et d'une salle de sport.

Vêtus des tenues qui leur seront fournies par l'administration -"Une pour tous les jours, une pour le sport et une pour les sorties du centre", détaille Pierre Pibarot, directeur du Groupement d'intérêt public "Réinsertion et citoyenneté"-, les "volontaires" assisteront une fois par semaine au lever des couleurs après leur réveil quotidien fixé à 6H45.

"Nous voulons faire un travail avec les symboles de la République, et le drapeau en est un", explique M. Pibarot. "C'est une démarche visant à susciter le débat. Il s'agit de développer ou de re-développer leur esprit critique", insiste-t-il.

Au programme du centre: religion, histoire, philosophie, éducation aux médias internet... Chaque "volontaire" bénéficiera d'un accompagnement médical, social et psychologique. Ils devront également s'inscrire à des activités sportives ou créatives et s'investir dans la préparation de leur réinsertion sociale et professionnelle. "La pratique religieuse sera libre pendant le temps personnel", précise Mme Domenach.

L'ouverture du CPIC suscite de fortes résistances et plusieurs dizaines de riverains de l'association "Radicalement digne de Pontourny" manifestaient mardi devant l'allée menant au site.

"Nous sommes plutôt rassurés en ce qui concerne les personnes qui seront à l'intérieur... Mais ce centre va être une cible pour Daech", s'inquiète le président de l'association, Michel Carrier. "Les mesures de sécurité sont tout à fait insuffisantes", renchérit un riverain, Frédéric Château en évoquant une clôture "défoncée qui ne peut empêcher ni les intrusions extérieures, ni les fuites de l'intérieur".

Dix-huit caméras surveilleront le site et ses abords 24 heures sur 24, un système infrarouge protégera l'enceinte et les gendarmes pourront intervenir "en quelques minutes" si nécessaire, énumèrent les représentants des autorités... sans toutefois parvenir à rassurer.

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